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Umaru Musa Yar’Adua, du professeur de chimie de Katsina au président du Nigeria

Société Professeur de chimie, gouverneur de Katsina puis président du Nigeria de 2007 à 2010 : portrait d’Umaru Musa Yar’Adua, héritier d’une famille aux racines peules.

adama • 4 min de lecture
Le président nigérian Umaru Musa Yar’Adua avec Condoleezza Rice en septembre 2007
Umaru Musa Yar’Adua avec Condoleezza Rice, septembre 2007. Photo : Département d’État des États-Unis, domaine public, via Wikimedia Commons
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Professeur de chimie devenu gouverneur puis président de la République, Umaru Musa Yar’Adua a dirigé le Nigeria de 2007 à 2010. Issu d’une grande famille de Katsina aux racines peules, il a marqué son époque par un style discret, un programme centré sur les infrastructures et une politique d’apaisement dans le delta du Niger. Sa présidence, interrompue par la maladie puis par sa mort en 2010, reste l’une des plus courtes et des plus débattues de l’histoire du pays.

Une famille au cœur de l’histoire de Katsina

Umaru Musa Yar’Adua naît le 16 août 1951 à Katsina, dans ce qui était alors la région du Nord du Nigeria britannique. Il appartient à une famille influente de la ville, dont l’ascendance peule passe notamment par sa grand-mère paternelle, Binta, du clan des Sullubawa. Son père, Musa Yar’Adua, a été ministre chargé de Lagos sous la Première République.

Son frère aîné, Shehu Musa Yar’Adua, est lui aussi une figure majeure de l’histoire nigériane. Général, il a été le numéro deux du régime militaire d’Olusegun Obasanjo à la fin des années 1970, avant de devenir un acteur important de la vie politique. Il est mort en détention en 1997, sous le régime du général Sani Abacha.

De la chimie à la politique

Umaru Musa Yar’Adua fait ses études à l’école primaire de Rafukka à partir de 1958, puis au Government College de Keffi de 1965 à 1969, et au célèbre Barewa College de Zaria, où il obtient son certificat d’études supérieures en 1971. Il étudie ensuite à l’université Ahmadu Bello de Zaria, où il obtient une licence en éducation et en chimie, avant de poursuivre par un master en chimie analytique à partir de 1978.

Pendant plusieurs années, il enseigne la chimie dans des établissements d’enseignement supérieur de Zaria. Ce parcours d’enseignant lui vaudra plus tard une image d’homme réfléchi, peu porté sur les effets de tribune. Il s’engage parallèlement dans la vie politique, d’abord dans les partis progressistes du nord du pays, puis au sein des formations qui préparent le retour à un régime civil.

Huit ans à la tête de l’État de Katsina

Avec le retour de la démocratie en 1999, il est élu gouverneur de l’État de Katsina sous les couleurs du Parti démocratique populaire, le PDP. Il prend ses fonctions le 29 mai 1999 et les conserve jusqu’au 29 mai 2007, après une réélection en 2003.

Son action à Katsina est souvent présentée comme prudente sur le plan budgétaire, avec une attention portée à l’éducation, à la santé et aux infrastructures. Cette réputation de gestionnaire rigoureux contribue à le faire remarquer au niveau national, au moment où le président Obasanjo cherche un successeur au sein du PDP.

Un président élu dans la controverse

En décembre 2006, il remporte la primaire du PDP pour l’élection présidentielle. Le scrutin a lieu le 21 avril 2007. Il est déclaré vainqueur avec environ 70 % des voix, mais l’élection est largement critiquée par l’opposition et par des observateurs pour de graves irrégularités. Fait rare, Yar’Adua reconnaît lui-même que le processus électoral a connu des défaillances et met en place un comité de réforme électorale présidé par l’ancien président de la Cour suprême Mohammed Uwais.

Il prête serment le 29 mai 2007. C’est la première fois dans l’histoire du Nigeria qu’un président civil succède à un autre président civil. Peu après son entrée en fonctions, il rend publique la déclaration de ses biens, un geste alors inédit pour un chef de l’État nigérian.

L’agenda en sept points et le delta du Niger

En août 2007, il présente un programme connu sous le nom d’agenda en sept points. Il porte sur les infrastructures, l’électricité et l’énergie, la sécurité alimentaire, la création de richesses, les transports, la réforme foncière, la sécurité et l’éducation.

Le dossier le plus marquant de sa présidence reste celui du delta du Niger, région pétrolière secouée depuis des années par des attaques de groupes armés contre les installations pétrolières. En juin 2009, il annonce une amnistie pour les combattants qui acceptent de déposer les armes. Des milliers d’entre eux y répondent, et la production pétrolière se redresse. Ce programme, prolongé par ses successeurs, est souvent cité comme son principal héritage, même si ses résultats à long terme ont été discutés.

Maladie, absence et succession

Depuis longtemps, l’état de santé du président fait l’objet de spéculations. Le 23 novembre 2009, il quitte le Nigeria pour être soigné en Arabie saoudite d’une péricardite. Son absence prolongée, sans transfert officiel de pouvoir, provoque une crise institutionnelle.

Le 9 février 2010, le Sénat invoque une doctrine de nécessité pour confier les pouvoirs présidentiels au vice-président Goodluck Jonathan, qui devient président par intérim. Yar’Adua rentre à Abuja le 24 février 2010, mais il ne réapparaît pas en public. Il meurt le 5 mai 2010 à la villa présidentielle d’Aso Rock et est inhumé dès le lendemain à Katsina. Goodluck Jonathan lui succède.

Conclusion

Enseignant de formation, gouverneur pendant huit ans puis président pendant trois ans, Umaru Musa Yar’Adua laisse l’image d’un dirigeant discret, au mandat écourté. Son élection contestée et la crise liée à sa maladie ont pesé sur sa présidence, mais l’amnistie dans le delta du Niger et sa reconnaissance des failles du système électoral restent associées à son nom. Héritier d’une famille de Katsina aux racines peules, il occupe une place singulière dans l’histoire politique du Nigeria.

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