
Depuis plus de trois décennies, Atiku Abubakar occupe une place à part dans la vie politique du Nigeria. Ancien haut fonctionnaire des douanes, homme d’affaires, vice-président de 1999 à 2007, il s’est présenté à plusieurs reprises à l’élection présidentielle. Né dans une famille peule de l’Adamawa, dans le nord-est du pays, il incarne une trajectoire faite de réussites, de ruptures et de retours, qui continue de nourrir les débats au Nigeria.
Une enfance à Jada
Atiku Abubakar naît le 25 novembre 1946 à Jada, une localité qui faisait alors partie du Cameroun britannique et qui appartient aujourd’hui à l’État d’Adamawa, au Nigeria. Son père, Garba Abubakar, est un commerçant et agriculteur peul. Sa mère s’appelle Aisha Kande. Il porte le prénom de son grand-père paternel, Atiku Abdulqadir.
Il devient fils unique après la mort en bas âge de sa seule sœur. En 1957, alors qu’il est encore enfant, son père meurt noyé. Il entre à l’école primaire de Jada vers l’âge de huit ans, puis rejoint en 1960 l’école secondaire provinciale de l’Adamawa, dont il sort diplômé en 1965.
Vingt ans dans les douanes
Après un bref passage à l’école de police de Kaduna, il obtient un diplôme de l’École d’hygiène de Kano en 1967, puis suit une formation en droit à l’Institut d’administration de l’université Ahmadu Bello. En 1969, il entre au service des douanes du Nigeria, où il fera toute sa carrière administrative.
Pendant une vingtaine d’années, il gravit les échelons jusqu’au poste de directeur adjoint. En avril 1989, il quitte les douanes pour se consacrer aux affaires et à la politique. Bien plus tard, en 2021, il obtiendra un master en relations internationales de l’université Anglia Ruskin, au Royaume-Uni.
L’homme d’affaires
Parallèlement à sa carrière publique, Atiku Abubakar a développé d’importantes activités économiques. Il est notamment cofondateur d’Intels, une société de logistique portuaire et de services pétroliers née d’un partenariat avec l’homme d’affaires italien Gabriele Volpi. Il a aussi investi à Yola, la capitale de l’Adamawa, dans une usine de boissons et une usine d’aliments pour bétail.
En 2005, il fonde à Yola l’Université américaine du Nigeria, présentée comme la première université privée de modèle américain en Afrique subsaharienne. Cet établissement reste l’une de ses réalisations les plus citées.
De la primaire de 1993 à la vice-présidence
Son entrée en politique remonte à la fin des années 1980. En 1993, il se présente à la primaire du Parti social-démocrate pour l’élection présidentielle et termine troisième, derrière Moshood Abiola et Baba Gana Kingibe. À la fin des années 1990, il rejoint le Parti démocratique populaire, le PDP.
Élu gouverneur de l’Adamawa lors des élections de 1999, il n’exercera pas cette fonction : Olusegun Obasanjo le choisit comme colistier pour l’élection présidentielle. Le 29 mai 1999, il devient le onzième vice-président du Nigeria. Le duo est réélu en 2003, et Atiku Abubakar reste en poste jusqu’au 29 mai 2007.
Son second mandat est marqué par de fortes tensions avec le président Obasanjo, notamment au moment des débats sur une possible révision constitutionnelle permettant un troisième mandat présidentiel, à laquelle il s’oppose. Il quitte alors le PDP.
Une quête présidentielle au long cours
En 2007, il se présente à la présidentielle sous les couleurs de l’Action Congress et termine troisième, avec environ 7 % des voix. Il conteste les résultats. Revenu au PDP, il perd la primaire de 2011 face au président sortant Goodluck Jonathan.
En 2014, il rejoint le Congrès des progressistes, l’APC, mais perd la primaire de 2015 face à Muhammadu Buhari. Revenu au PDP en 2017, il en devient le candidat en 2019 et est battu par Muhammadu Buhari, réélu avec plus de trois millions de voix d’avance. En 2023, candidat du PDP pour la deuxième fois, il arrive deuxième derrière Bola Tinubu et conteste lui aussi le résultat.
En juillet 2025, il quitte une nouvelle fois le PDP pour rejoindre la coalition d’opposition réunie au sein de l’African Democratic Congress, l’ADC, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Il a déclaré qu’il accepterait de s’effacer si un candidat plus jeune le battait lors de la primaire du parti.
Un parcours qui divise
Pour ses partisans, Atiku Abubakar est un homme d’expérience, attaché au libéralisme économique, à l’investissement privé et à l’éducation, comme en témoigne l’université qu’il a fondée. Ils voient en lui un rassembleur capable de dialoguer avec toutes les régions du pays.
Ses critiques lui reprochent ses nombreux changements de parti et rappellent les controverses qui ont accompagné sa carrière, notamment des accusations liées à la gestion des affaires publiques, qu’il a toujours contestées. Ce débat sur sa personne accompagne chacune de ses candidatures.
Sur le plan personnel, il est père d’une famille nombreuse et a été marié à plusieurs reprises. Ses origines peules et son ancrage dans l’Adamawa sont régulièrement mis en avant dans les portraits qui lui sont consacrés.
Conclusion
De l’enfant de Jada orphelin de père au vice-président du Nigeria, Atiku Abubakar a construit un parcours hors du commun. Fonctionnaire, entrepreneur, fondateur d’université et candidat présidentiel à répétition, il demeure l’une des figures les plus connues et les plus discutées de la politique nigériane. Son itinéraire illustre aussi la place qu’occupent les personnalités d’origine peule dans la vie publique du pays le plus peuplé d’Afrique.
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