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Mamadou Tandja, de Maïné-Soroa à la présidence du Niger : le parcours d’un officier d’ascendance peule

Société Officier, préfet, ministre puis président du Niger de 1999 à 2010, Mamadou Tandja, d’ascendance peule et soninké, a marqué la vie politique de son pays. Retour sur un parcours fait de succès électoraux et de controverses.

adama • 5 min de lecture
Mamadou Tandja, président du Niger, en 2005
Photo : via Wikimedia Commons, licence libre (auteur sur la page du fichier)

Mamadou Tandja a dirigé le Niger pendant plus de dix ans, de décembre 1999 à février 2010. Ancien officier de l’armée, il a été préfet, ministre de l’Intérieur et ambassadeur avant d’être élu, puis réélu, à la tête de l’État. Son second mandat s’est achevé de manière brutale, après une crise politique née de sa volonté de rester au pouvoir au-delà de la limite prévue par la Constitution. D’ascendance peule et soninké, il est mort à Niamey le 24 novembre 2020. Voici son parcours, présenté de façon factuelle.

Un enfant de l’est du Niger

Mamadou Tandja est né en 1938 à Maïné-Soroa, dans l’est de l’actuel Niger, alors partie de l’Afrique-Occidentale française. Les biographies le présentent comme issu d’une famille d’ascendance mixte, peule et soninké. Maïné-Soroa se situe dans la région de Diffa, non loin du lac Tchad et de la frontière avec le Nigeria, une zone où se côtoient de nombreuses communautés, parmi lesquelles des éleveurs peuls.

Un officier au cœur du régime militaire

Mamadou Tandja s’engage dans l’armée nigérienne, où il atteint le grade de colonel. En 1974, il participe au coup d’État qui porte le lieutenant-colonel Seyni Kountché au pouvoir et devient membre du Conseil militaire suprême, l’organe qui dirige alors le pays.

Il occupe ensuite plusieurs postes d’administration territoriale et de gouvernement. Il est nommé préfet de Maradi en 1976, puis ministre de l’Intérieur du 10 septembre 1979 au 31 août 1981. Il devient ensuite préfet de Tahoua, de 1981 à mars 1988. De juin 1988 à mars 1990, il est ambassadeur du Niger au Nigeria, le grand voisin du sud. Il retrouve enfin le ministère de l’Intérieur de mars 1990 à mars 1991.

Le chef du MNSD

Au moment de l’ouverture démocratique du début des années 1990, Mamadou Tandja s’impose dans le Mouvement national pour la société de développement, le MNSD, l’ancien parti unique. En novembre 1991, il est élu président du parti lors de son congrès. Il sera le candidat du MNSD à plusieurs élections présidentielles au cours de la décennie, avant de l’emporter en 1999.

Président de 1999 à 2010

Après sa victoire à l’élection présidentielle de 1999, Mamadou Tandja prend ses fonctions le 22 décembre 1999. Il nomme Hama Amadou, autre figure du MNSD, au poste de Premier ministre. En 2004, il est réélu au second tour avec 65,53 % des voix et prête serment pour un second mandat le 21 décembre 2004. De 2005 à 2007, il préside également la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO.

Ses partisans mettent en avant la stabilité institutionnelle de ses deux mandats, les plus longs depuis le retour du pluralisme, ainsi que des investissements dans les infrastructures. Ses critiques évoquent notamment la gestion de la crise alimentaire de 2005 et les tensions avec une partie de la presse et de la société civile.

2009 : la crise du troisième mandat

La Constitution de 1999 limitait le nombre de mandats présidentiels. Alors qu’il avait d’abord indiqué qu’il quitterait le pouvoir à la fin de son second mandat, Mamadou Tandja annonce en mai 2009 son intention de rester. Il propose un référendum pour adopter une nouvelle Constitution. Le 25 mai 2009, la Cour constitutionnelle juge ce référendum contraire à la Constitution. Le lendemain, il dissout l’Assemblée nationale, puis, le 27 juin, suspend le gouvernement et commence à gouverner par décret.

Pour ses soutiens, cette démarche visait à lui permettre d’achever des projets engagés. Pour l’opposition, la société civile et une partie de la communauté internationale, il s’agissait d’une remise en cause de l’ordre constitutionnel. Le débat a profondément divisé le pays.

Le coup d’État de 2010 et les dernières années

Le 18 février 2010, des militaires renversent Mamadou Tandja lors d’une réunion du gouvernement au palais présidentiel. La junte qui prend le pouvoir se nomme Conseil suprême pour la restauration de la démocratie. L’ancien président est placé en résidence surveillée, puis transféré en prison en janvier 2011. Il est libéré le 10 mai 2011, après que la cour d’appel de Niamey a abandonné toutes les poursuites engagées contre lui.

Il se retire ensuite de la vie politique active. Malade dans ses dernières années, il est soigné en France, en Allemagne et au Maroc, avant de mourir à Niamey le 24 novembre 2020, à l’âge de 82 ans.

Un parcours à replacer dans l’histoire du Niger

La trajectoire de Mamadou Tandja suit de près les grandes étapes de l’histoire nigérienne depuis l’indépendance : le régime militaire de Seyni Kountché, l’ouverture démocratique du début des années 1990, l’alternance par les urnes, puis une nouvelle intervention de l’armée. Il a été tour à tour acteur d’un coup d’État, en 1974, puis victime d’un autre, en 2010, ce qui résume à lui seul l’instabilité qu’a connue le pays pendant ces décennies.

Son origine, dans une région de l’est du pays où se croisent de nombreuses communautés, rappelle aussi la diversité du Niger, où les Peuls forment l’une des principales composantes de la population aux côtés des Haoussa, des Zarma-Songhaï, des Touaregs, des Kanouri et d’autres groupes. Les Peuls y sont présents dans presque toutes les régions, des zones pastorales du nord aux villes du sud.

Conclusion

Officier, administrateur, ministre puis président, Mamadou Tandja a occupé presque toutes les fonctions de l’État nigérien pendant près de quarante ans. Son parcours, marqué par deux victoires électorales puis par la crise de 2009 et le coup d’État de 2010, reste au centre des débats sur l’histoire politique récente du Niger. Il illustre aussi la place de personnalités d’ascendance peule dans la vie publique du pays.

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