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Hama Amadou, de Youri à la primature : le parcours d’un Peul kurtey au cœur de la politique nigérienne

Société Deux fois Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, opposant de premier plan : Hama Amadou, Peul kurtey né à Youri en 1950, a marqué trente ans de vie politique au Niger.

adama • 4 min de lecture
Hama Amadou, ancien Premier ministre du Niger, en 2011
Photo : via Wikimedia Commons, licence libre (auteur sur la page du fichier)

Pendant plus de trente ans, Hama Amadou a été l’une des figures centrales de la vie politique du Niger. Deux fois Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, chef de parti et candidat à la présidence, il a connu les sommets du pouvoir comme les années d’opposition, de procès et d’exil. Issu des Kurtey, un sous-groupe peul installé dans la vallée du fleuve Niger, il est mort à Niamey le 23 octobre 2024, à l’âge de 74 ans. Retour sur un parcours long et mouvementé, que ses partisans et ses adversaires ont jugé de manière très différente.

Un enfant de la vallée du fleuve

Hama Amadou naît en 1950 à Youri, au Niger. Il grandit dans la région de Tillabéri, dans la vallée du fleuve Niger, au nord de Niamey. Il appartient aux Kurtey, une communauté rattachée au monde peul, établie sur les rives et les îles du fleuve. Ce lien avec la vallée et ses habitants reste un élément de son identité politique tout au long de sa carrière.

De la radio-télévision au gouvernement

Avant d’entrer au gouvernement, Hama Amadou fait carrière dans l’administration. Au début des années 1980, il devient directeur général de l’Office de radiodiffusion et télévision du Niger, l’ORTN, puis directeur de cabinet en 1985. Le 15 juillet 1988, le président Ali Saibou le nomme ministre de l’Information, poste qu’il occupe jusqu’en décembre 1989.

Au moment de l’ouverture démocratique du début des années 1990, il s’impose comme un cadre important du Mouvement national pour la société de développement, le MNSD, l’ancien parti unique. Il en devient le secrétaire général en novembre 1991. En février 1993, il est élu député à l’Assemblée nationale.

Deux passages à la tête du gouvernement

Hama Amadou devient Premier ministre une première fois le 21 février 1995, sous la présidence de Mahamane Ousmane, dans un contexte de cohabitation difficile entre le président et la majorité parlementaire. Son gouvernement est renversé par le coup d’État militaire de janvier 1996.

Il revient à la primature au tout début de l’année 2000, après l’élection de Mamadou Tandja, également issu du MNSD. Il reste à ce poste plus de sept ans, ce qui fait de lui l’un des chefs de gouvernement les plus durables de l’histoire du pays. En décembre 2001, il est élu président du MNSD. Le 14 juillet 2004, pendant la campagne des élections municipales, il survit à un accident d’hélicoptère à Magaria. Le 31 mai 2007, son gouvernement est renversé par une motion de censure votée par 62 des 113 députés, et il présente sa démission.

Procès, rupture et création d’un nouveau parti

Après son départ de la primature, ses relations avec le président Tandja se dégradent. En juin 2008, l’Assemblée nationale lève son immunité parlementaire, et il est arrêté le 26 juin 2008 dans une affaire de détournement présumé de fonds d’aide destinés à la presse, ce qu’il conteste. Il passe environ dix mois en détention avant d’être libéré sous condition, pour raisons de santé, le 23 avril 2009.

Il rompt alors avec le MNSD et fonde le Mouvement démocratique nigérien, le Moden Fa Lumana, qui devient l’une des principales forces politiques du pays. À l’élection présidentielle de janvier 2011, il arrive en troisième position, puis apporte son soutien à Mahamadou Issoufou au second tour.

Président de l’Assemblée, puis opposant en exil

Le 19 avril 2011, Hama Amadou est élu président de l’Assemblée nationale par 103 voix contre une. Ses relations avec le pouvoir se tendent ensuite. En août 2014, il quitte le Niger, quelques heures après que le bureau de l’Assemblée a autorisé son arrestation dans une enquête sur un trafic présumé de bébés, une affaire qu’il a toujours présentée comme politique. Il est arrêté à son retour à l’aéroport de Niamey le 14 novembre 2015.

Bien qu’en prison, il est autorisé à se présenter à l’élection présidentielle de 2016. Il arrive deuxième au premier tour avec environ 17,8 % des voix selon les résultats provisoires. L’opposition boycotte le second tour, remporté par Mahamadou Issoufou. En mars 2017, il est condamné par contumace à un an de prison dans l’affaire des bébés, alors qu’il se trouve en exil en France. Ses partisans ont dénoncé un acharnement judiciaire, tandis que les autorités de l’époque défendaient l’indépendance de la justice.

Un héritage débattu

Hama Amadou meurt le 23 octobre 2024 à Niamey, selon la presse régionale. Il dirigeait toujours le Moden Fa Lumana. Pour ses partisans, il restera un homme d’État expérimenté et un opposant tenace, surnommé par certains médias le phénix de la politique nigérienne pour sa capacité à revenir au premier plan. Pour ses détracteurs, son parcours est indissociable des affaires judiciaires qui l’ont accompagné. Les deux lectures coexistent dans le débat public nigérien.

Conclusion

De Youri à la primature, de la prison à l’exil puis au retour, Hama Amadou a traversé presque toutes les étapes de la vie politique du Niger depuis la fin des années 1980. Son parcours, celui d’un Peul kurtey de la vallée du fleuve, rappelle la place des communautés peules dans l’histoire politique nigérienne. Il appartient désormais aux historiens d’en dresser un bilan complet.

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