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Aïssata Tall Sall, de Podor au ministère des Affaires étrangères : le parcours d’une avocate haalpulaar au cœur de la vie politique sénégalaise

Histoire Avocate de renom, maire de Podor, députée, première femme ministre des Affaires étrangères du Sénégal puis ministre de la Justice : Aïssata Tall Sall a marqué trois décennies de vie publique sénégalaise.

adama • 4 min de lecture
Aïssata Tall Sall, femme politique et avocate sénégalaise
Photo : Wikimedia Commons, février 2022, licence libre (auteur indiqué sur la page du fichier « Aïssata Tall Sall.jpg »).

Au Sénégal, peu de femmes ont occupé autant de responsabilités de premier plan qu’Aïssata Tall Sall. Avocate réputée pour ses plaidoiries, élue locale, députée, ministre à plusieurs reprises, elle est devenue en 2020 la première femme à diriger la diplomatie sénégalaise. Originaire de Podor, ville historique de la vallée du fleuve Sénégal et terre des Haalpulaar, elle incarne une génération de responsables politiques qui ont traversé plusieurs présidences et de profondes recompositions de la vie politique du pays. Retour sur un parcours long et dense.

Une enfant de Podor

Aïssata Tall Sall naît le 12 décembre 1957 à Podor, dans le nord du Sénégal. Située sur les rives du fleuve, face à la Mauritanie, la ville est un ancien poste commercial et administratif de l’époque coloniale, au cœur d’une région majoritairement peuplée de Haalpulaar, c’est-à-dire de locuteurs du pulaar. Podor restera tout au long de sa carrière son principal ancrage politique.

Après ses études secondaires, elle s’inscrit à la faculté des sciences juridiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, où elle obtient un diplôme en droit privé. Elle choisit ensuite la profession d’avocate, un métier qui fera sa réputation bien avant ses fonctions politiques.

Une avocate au barreau de Dakar

Après plusieurs stages, Aïssata Tall Sall ouvre son propre cabinet en 1986. Elle se fait connaître par la qualité de ses plaidoiries et intervient, au fil des années, dans de nombreuses affaires importantes. Entre 2000 et 2012, elle plaide notamment dans plusieurs grands procès politiques du Sénégal, ce qui la place au centre de débats très suivis par l’opinion.

Sa notoriété dépasse même les tribunaux. En 2006, elle apparaît dans le film Bamako du réalisateur Abderrahmane Sissako, où elle joue son propre rôle d’avocate. Dans ce film, un procès fictif est organisé dans la cour d’une maison de Bamako pour juger les institutions financières internationales et leurs politiques en Afrique.

Une figure du Parti socialiste

Parallèlement à sa carrière d’avocate, Aïssata Tall Sall s’engage au Parti socialiste, la formation qui a dirigé le Sénégal depuis l’indépendance jusqu’en 2000. Elle devient membre de son bureau politique. Le 4 juillet 1998, sous la présidence d’Abdou Diouf, elle est nommée ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, dans le cabinet du Premier ministre Mamadou Lamine Loum. Elle occupe ce poste jusqu’au 4 avril 2000, au moment de l’alternance qui porte Abdoulaye Wade au pouvoir.

Dans l’opposition, elle continue de s’affirmer sur le terrain local. En mars 2009, elle remporte la mairie de Podor avec la coalition Benno Siggil Sénégal. Elle est réélue en juin 2014 face au candidat du parti présidentiel, et reste maire de la ville jusqu’en 2022. En juillet 2012, elle est également élue députée à l’Assemblée nationale.

Osez l’Avenir et le rapprochement avec Macky Sall

Les relations d’Aïssata Tall Sall avec la direction du Parti socialiste se tendent au fil des années, sur fond de débats internes au sujet de l’alliance avec le pouvoir. Le 20 mai 2017, elle fonde son propre mouvement, Osez l’Avenir, qui participe aux élections législatives de juillet 2017. Elle est réélue députée et préside ce mouvement.

Elle se rapproche ensuite du président Macky Sall. Le 1er novembre 2020, elle est nommée ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur. Elle est la première femme à occuper ce poste dans l’histoire du Sénégal. Pendant cette période, elle représente le pays dans de nombreuses rencontres internationales, alors que le Sénégal assure en 2022 la présidence de l’Union africaine. Le 11 octobre 2023, elle devient ministre de la Justice, garde des Sceaux, fonction qu’elle exerce jusqu’au changement de pouvoir de 2024.

Dans l’opposition après 2024

L’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la République, en mars 2024, puis la large victoire de son camp aux élections législatives anticipées de novembre 2024, renvoient les anciens responsables du régime précédent dans l’opposition. En décembre 2024, Aïssata Tall Sall prend la présidence du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, qui compte seize députés et rassemble l’essentiel de l’opposition à l’Assemblée nationale.

Son parcours suscite des appréciations contrastées. Ses partisans saluent son expérience, sa maîtrise du droit et sa capacité à défendre ses positions. Ses critiques lui reprochent ses changements d’alliance au fil des années. Comme beaucoup de responsables de sa génération, elle reste une actrice incontournable des débats politiques sénégalais.

Podor, un ancrage constant

Tout au long de sa carrière, Aïssata Tall Sall n’a jamais coupé le lien avec sa ville natale. Ancienne escale du commerce sur le fleuve Sénégal, Podor est aujourd’hui une ville moyenne, confrontée comme beaucoup de localités de la vallée aux défis de l’emploi des jeunes, de l’agriculture irriguée et de l’émigration. En tant que maire pendant treize ans, elle a dû composer avec ces réalités très concrètes, loin des grands dossiers diplomatiques. Ce double visage, celui d’une responsable nationale et d’une élue locale du monde haalpulaar, explique une partie de son poids politique dans le nord du pays.

Conclusion

Avocate, maire de Podor, députée, ministre de la Communication, des Affaires étrangères puis de la Justice : Aïssata Tall Sall a parcouru presque toutes les étapes de la vie publique sénégalaise. Première femme à la tête de la diplomatie de son pays, elle a ouvert une voie pour d’autres femmes en politique. Fille de la vallée du fleuve et du monde haalpulaar, elle illustre aussi la place durable des élites peules dans l’histoire politique du Sénégal moderne.

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