
Parmi les personnalités d’origine peule les plus visibles sur la scène internationale, Amina J. Mohammed occupe une place singulière. Depuis le 1er janvier 2017, elle est vice-secrétaire générale des Nations unies, c’est-à-dire la numéro deux de l’organisation, aux côtés du secrétaire général António Guterres. Avant d’arriver à New York, elle a mené une longue carrière consacrée au développement, à l’éducation et à l’environnement, au Nigeria comme au sein du système onusien. Retour sur un parcours construit pas à pas, loin des projecteurs, avant d’atteindre l’un des postes les plus élevés de la diplomatie mondiale.
Une enfance entre le Nigeria et le Royaume-Uni
Amina Jane Mohammed naît le 27 juin 1961 à Liverpool, en Angleterre. Son père est un vétérinaire nigérian d’origine peule, sa mère une infirmière britannique. Elle est l’aînée de cinq filles. La famille s’installe au Nigeria, et c’est dans le nord du pays que la jeune Amina passe une grande partie de son enfance.
Elle fréquente l’école primaire à Kaduna puis à Maiduguri, deux grandes villes du Nord, avant de poursuivre sa scolarité au Royaume-Uni, à la Buchan School, sur l’île de Man. Elle suit plus tard une formation au Henley Management College, en Angleterre. Ce double ancrage, entre la culture du nord du Nigeria et l’Europe, marquera toute sa carrière : elle se présente volontiers comme une femme du Nord nigérian, attachée à ses racines, tout en étant parfaitement à l’aise dans les grandes institutions internationales.
Des projets de terrain au développement international
Sa vie professionnelle commence loin de la diplomatie. De 1981 à 1991, elle travaille pour Archcon Nigeria, un cabinet de conception architecturale. Elle fonde ensuite sa propre structure, Afri-Projects Consortium, qu’elle dirige de 1991 à 2001. Cette expérience lui donne une connaissance concrète des projets d’infrastructures, des services publics et des réalités du terrain au Nigeria.
Au début des années 2000, elle se tourne vers les questions de développement. De 2002 à 2005, elle coordonne le groupe de travail sur le genre et l’éducation du Projet du Millénaire des Nations unies, un programme chargé de proposer des stratégies pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement. L’accès des filles à l’école devient l’un des fils conducteurs de son engagement.
Elle rejoint ensuite la présidence nigériane comme conseillère spéciale principale chargée des Objectifs du millénaire pour le développement. En 2005, elle coordonne l’utilisation des fonds libérés par l’allègement de la dette du Nigeria, afin de les orienter vers la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté. Ce poste lui vaut une solide réputation de gestionnaire rigoureuse et de spécialiste des politiques publiques.
Au cœur de l’agenda 2030
À partir de 2012, Amina J. Mohammed devient conseillère spéciale du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon pour la planification du développement après 2015. Sa mission est de préparer la suite des Objectifs du millénaire, qui arrivaient à échéance. Elle participe ainsi de près aux longues consultations et négociations qui aboutissent, en septembre 2015, à l’adoption par les États membres des Objectifs de développement durable, aussi appelés agenda 2030.
Ces dix-sept objectifs, qui vont de l’éradication de la pauvreté à l’action climatique en passant par l’éducation de qualité et l’égalité entre les femmes et les hommes, sont devenus le cadre de référence de la coopération internationale. Le rôle joué par Amina J. Mohammed dans leur préparation explique en grande partie la suite de sa carrière.
Ministre de l’Environnement du Nigeria
En novembre 2015, le président Muhammadu Buhari la nomme ministre de l’Environnement. À ce poste, elle s’intéresse notamment à la lutte contre la désertification dans le Nord, à la gestion des ressources naturelles et aux pollutions liées à l’exploitation pétrolière dans le delta du Niger, un dossier ancien et très sensible. Elle quitte le gouvernement nigérian au début de l’année 2017 pour rejoindre l’ONU.
Numéro deux des Nations unies
Choisie par António Guterres, qui vient d’être élu secrétaire général, Amina J. Mohammed prend ses fonctions de vice-secrétaire générale le 1er janvier 2017. Elle succède au Suédois Jan Eliasson. Elle est reconduite pour le second mandat d’António Guterres, entamé en 2022.
Son rôle consiste à seconder le secrétaire général dans la gestion de l’organisation et à suivre en particulier la mise en œuvre de l’agenda 2030. Elle préside le Groupe des Nations unies pour le développement durable, qui réunit les agences, fonds et programmes de l’ONU travaillant sur le développement. Elle se rend régulièrement en Afrique, où elle porte des messages sur l’éducation des filles, la place des femmes dans la paix et la sécurité, le financement du développement ou encore l’adaptation au changement climatique.
Comme toute responsable de haut niveau, elle fait aussi face aux critiques adressées à l’organisation elle-même : lenteur des réformes, difficultés de financement, divisions entre grandes puissances. Ses partisans saluent sa connaissance des dossiers et sa proximité avec les réalités africaines ; d’autres observateurs soulignent les limites de l’action d’une institution dont les décisions dépendent largement des États membres.
Une figure inspirante pour les jeunes femmes
Au-delà de ses fonctions, Amina J. Mohammed est souvent citée comme un modèle, en particulier pour les jeunes femmes du nord du Nigeria et du Sahel. Son parcours montre qu’une carrière internationale peut se construire à partir de compétences concrètes, acquises sur le terrain, sans forcément passer par les chemins les plus classiques. Sa présence à ce niveau de responsabilité rappelle aussi que la diaspora et les familles peules mixtes, nées entre plusieurs pays, font pleinement partie de l’histoire contemporaine du monde peul.
Conclusion
De Kaduna et Maiduguri jusqu’au siège des Nations unies à New York, Amina J. Mohammed a suivi un chemin singulier, fait de projets de terrain, de politiques publiques et de négociations internationales. Fille d’un vétérinaire peul, elle incarne une génération de femmes africaines qui ont trouvé leur place au plus haut niveau des institutions mondiales. Son nom reste étroitement associé à l’agenda 2030, dont elle a contribué à écrire les grandes lignes et à suivre la mise en œuvre.
Partagez cet article




