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Les tisserands peuls et les couvertures arkilla : un art textile du Sahel

Culture Bandes de coton tissées, couvertures de laine aux motifs géométriques, arkilla de mariage : le tissage occupe une place importante dans la culture peule. Découverte d’un savoir-faire transmis de génération en génération.

adama • 4 min de lecture
Tissu tissé à rayures noires et brunes

Lorsqu’on évoque l’artisanat peul, on pense souvent aux calebasses gravées, aux bijoux en or ou aux chapeaux coniques des bergers. Le tissage, pourtant, occupe lui aussi une place essentielle dans cette culture. Dans de nombreuses régions du Sahel, des tisserands peuls fabriquent depuis des siècles des étoffes de coton et des couvertures de laine aux motifs remarquables. Parmi elles, les célèbres couvertures arkilla, liées au mariage, sont considérées comme de véritables œuvres d’art.

Le métier à tisser à bandes étroites

En Afrique de l’Ouest, le tissage traditionnel se pratique le plus souvent sur un métier horizontal à bandes étroites. Le tisserand, assis, actionne les lisses avec ses pieds et fait passer la navette de ses mains. Il produit ainsi de longues bandes de tissu, larges de quelques centimètres seulement, qui sont ensuite cousues côte à côte pour former une pièce plus grande : un pagne, une couverture ou un vêtement.

Ce type de métier, simple et transportable, est utilisé par de nombreux peuples de la région. Les tisserands peuls, appelés maabube dans certaines zones, ont développé au fil du temps leurs propres styles, leurs propres motifs et leur propre réputation.

Les maabube, une tradition de spécialistes

Dans la société peule traditionnelle, certains métiers sont associés à des groupes particuliers. Les maabube sont connus comme tisserands, mais ils peuvent aussi être chanteurs, généalogistes ou conteurs. Leur savoir-faire se transmet en général au sein de la famille, de père en fils, par un long apprentissage qui commence dès l’enfance.

L’apprenti observe d’abord, prépare les fils, apprend à monter le métier, puis réalise des pièces simples avant de s’attaquer aux motifs plus complexes. Il faut des années de pratique pour maîtriser les techniques nécessaires aux grandes couvertures décorées.

Les couvertures arkilla

Les arkilla sont de grandes couvertures tissées, souvent en laine de mouton, parfois associée au coton. Elles sont particulièrement connues dans la région de la boucle du Niger, au Mali, où elles sont produites par des tisserands peuls depuis longtemps. On distingue plusieurs types d’arkilla selon leur décor, leur taille et leur usage.

Leur décor est fait de bandes de motifs géométriques : losanges, triangles, damiers, zigzags, lignes brisées. Les couleurs traditionnelles sont souvent le blanc, le noir, le rouge et le jaune, obtenues autrefois à partir de teintures naturelles. Chaque motif porte un nom, et certains spécialistes estiment qu’ils peuvent avoir une signification symbolique, liée à la nature, à la vie pastorale ou aux valeurs de la communauté.

Un objet lié au mariage

La fonction la plus connue de l’arkilla est liée au mariage. Dans certaines traditions, ces couvertures sont commandées par la famille de la mariée et font partie des biens offerts au nouveau foyer. Elles peuvent être suspendues autour du lit des jeunes mariés, formant une sorte de tenture décorative, qui protège aussi des moustiques et préserve l’intimité du couple.

La commande d’une grande arkilla représente un investissement important pour une famille. Sa fabrication peut demander plusieurs semaines de travail. La couverture est ensuite conservée précieusement, utilisée lors des grandes occasions et parfois transmise d’une génération à l’autre.

Le coton et les vêtements

À côté des couvertures de laine, les tisserands produisent aussi des bandes de coton destinées à la confection de vêtements. Ces tissus servent à faire des pagnes, des boubous ou des couvertures plus légères. Dans plusieurs régions, le coton était autrefois filé à la main par les femmes, tandis que le tissage restait une activité masculine.

Au Fouta-Djalon comme ailleurs, les tissus locaux ont longtemps coexisté avec les étoffes importées. Avec le temps, les tissus industriels, moins chers et plus faciles à obtenir, ont largement remplacé les productions artisanales dans la vie quotidienne, même si les étoffes tissées à la main restent appréciées pour les cérémonies.

Un savoir-faire menacé et réinventé

Aujourd’hui, le métier de tisserand traditionnel connaît des difficultés. Les jeunes sont moins nombreux à vouloir apprendre un métier long et exigeant, souvent peu rémunérateur. Les matières premières coûtent plus cher, et la concurrence des produits industriels est forte.

Pourtant, ce savoir-faire suscite un intérêt renouvelé. Des musées, des collectionneurs et des créateurs de mode s’intéressent aux textiles ouest-africains. Des stylistes africains s’inspirent des motifs traditionnels pour créer des vêtements contemporains. Des coopératives d’artisans cherchent à vendre leurs productions à une clientèle plus large, y compris en ligne. Ces initiatives peuvent offrir de nouvelles perspectives aux tisserands, à condition que leur travail soit reconnu et justement rémunéré.

Reconnaître une pièce tissée à la main

Pour l’amateur, distinguer une étoffe artisanale d’une imitation industrielle n’est pas toujours facile. Quelques indices peuvent aider. Une pièce tissée sur un métier traditionnel est généralement composée de bandes étroites cousues ensemble, dont les coutures restent visibles. Les motifs présentent de légères irrégularités, signe du travail manuel. La laine ou le coton ont une texture plus épaisse et plus vivante qu’un tissu imprimé.

Acheter directement auprès des artisans, des coopératives ou de boutiques qui indiquent clairement l’origine des pièces est le meilleur moyen de soutenir les tisserands. Cela permet aussi de connaître l’histoire de l’objet, le nom de celui qui l’a fabriqué et la signification de ses motifs.

Conclusion

Le tissage peul, et en particulier l’art des couvertures arkilla, témoigne d’une créativité et d’une maîtrise technique remarquables. Derrière chaque bande de tissu se cachent un savoir transmis de génération en génération, des gestes patients et un sens esthétique raffiné. Préserver cet artisanat, c’est protéger une part précieuse du patrimoine culturel peul et sahélien.

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