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L’émirat de l’Adamaoua et les lamidats peuls du Cameroun et du Nigeria

Histoire Au début du XIXe siècle, Modibo Adama fonde l’émirat de l’Adamaoua, à cheval sur les actuels Nigeria et Cameroun. Ses lamidats, comme celui de Ngaoundéré, gardent aujourd’hui encore un rôle important.

adama • 4 min de lecture
Cavaliers en tenue traditionnelle lors d’une parade équestre en Afrique de l’Ouest

Lorsqu’on parle des Peuls, on pense souvent à l’Afrique de l’Ouest : Guinée, Sénégal, Mali ou Niger. Pourtant, les Peuls, appelés Fulbe dans leur langue et souvent Foulbé au Cameroun, sont aussi très présents plus à l’est, jusqu’au Cameroun, au Tchad et en Centrafrique. Dans cette région, une construction politique a laissé une empreinte durable : l’émirat de l’Adamaoua, fondé au début du XIXe siècle. Ses chefferies, les lamidats, existent encore aujourd’hui et jouent un rôle social et symbolique important. Retour sur cette histoire méconnue du public ouest-africain.

Des pasteurs venus de l’ouest

Les Peuls se sont installés progressivement dans les hautes terres et les plaines situées entre le lac Tchad et le plateau de l’Adamaoua. Ces migrations, étalées sur plusieurs siècles, étaient liées à la recherche de pâturages et à l’expansion des réseaux pastoraux. Les nouveaux venus cohabitaient avec de nombreuses populations déjà présentes, aux langues et aux cultures très diverses.

Pendant longtemps, ces groupes peuls vivaient sous l’autorité de chefferies locales et n’avaient pas de pouvoir politique propre. La situation a changé avec le grand mouvement de réforme religieuse lancé au début du XIXe siècle dans le pays haoussa par Ousmane dan Fodio, qui a donné naissance au califat de Sokoto.

Modibo Adama, le fondateur

Parmi les lettrés peuls qui ont rejoint ce mouvement figurait Modibo Adama, un savant originaire de la région de la Bénoué. Selon la tradition, il s’est rendu auprès d’Ousmane dan Fodio, qui lui a remis un étendard et l’a chargé de diffuser l’islam et d’organiser les communautés musulmanes dans les territoires du sud-est. De retour dans sa région, Modibo Adama a mené une série de campagnes qui ont abouti à la création d’un vaste émirat, auquel on a donné son nom : l’Adamaoua.

L’émirat a établi sa capitale à Yola, dans l’actuel Nigeria. Il relevait du califat de Sokoto, auquel il versait un tribut et dont il reconnaissait l’autorité religieuse, tout en disposant d’une large autonomie.

Les lamidats, piliers de l’organisation

L’Adamaoua n’était pas un État centralisé. Il se composait de nombreuses chefferies, appelées lamidats, dirigées chacune par un lamido. Ce titre, qui vient du pulaar, désigne un chef ou un souverain. Les lamidats étaient souvent fondés par des chefs de guerre ou des lettrés qui avaient reçu l’autorisation de l’émir de Yola.

Parmi les plus connus figurent ceux de Ngaoundéré, de Garoua, de Maroua ou de Rey-Bouba, situés dans l’actuel Cameroun. Chaque lamidat avait sa propre cour, ses notables et ses dignitaires chargés de la justice, de la sécurité, de la collecte des impôts et des affaires religieuses.

Le palais du lamido, cœur de la cité

Au centre de chaque lamidat se trouve le palais du lamido, appelé saré dans plusieurs régions. Entouré de hauts murs, il abrite la résidence du chef, des salles d’audience, des espaces réservés à la famille et des cours intérieures. L’architecture traditionnelle, faite de terre, de paille et de bois, est souvent remarquable par ses toits coniques et ses décorations.

Le palais de Ngaoundéré, notamment, est souvent cité comme un exemple de ce patrimoine architectural. Il attire des visiteurs et témoigne de la continuité de l’institution lamidale.

Une société diverse et hiérarchisée

Comme d’autres États de l’époque, l’Adamaoua reposait sur une société fortement hiérarchisée. Les familles peules dirigeantes occupaient le sommet, tandis que les populations soumises lors des conquêtes se trouvaient dans des positions subordonnées. Certaines communautés ont résisté longtemps et ont conservé leur autonomie dans les montagnes ou dans des zones difficiles d’accès.

Au fil du temps, des échanges intenses se sont développés entre Peuls et autres populations : mariages, commerce, adoption de la langue peule comme langue véhiculaire dans une grande partie du nord du Cameroun. Le fulfulde, nom de la langue peule dans cette région, est encore aujourd’hui très parlé bien au-delà de la seule communauté peule.

De la colonisation à aujourd’hui

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l’Adamaoua a été partagé entre plusieurs puissances coloniales. La partie occidentale, autour de Yola, est revenue à la sphère britannique, tandis que la partie orientale a été placée sous administration allemande, puis française après la Première Guerre mondiale. Ce découpage explique pourquoi l’héritage de l’émirat se retrouve aujourd’hui de part et d’autre de la frontière entre le Nigeria et le Cameroun.

Les administrations coloniales ont souvent maintenu les lamidos en place, en les utilisant comme intermédiaires avec la population. Après les indépendances, les lamidats ont perdu une grande partie de leur pouvoir politique officiel, mais ils restent des institutions respectées.

Le rôle des lamidos aujourd’hui

Dans le nord du Cameroun, les lamidos jouent encore un rôle important dans la vie sociale. Ils interviennent dans le règlement des différends, la célébration des grandes fêtes religieuses et la préservation des traditions. Leur cour reste un lieu de mémoire où se transmettent l’histoire de la dynastie, les chants de louange et les codes de comportement.

Ce rôle suscite aussi des débats sur la place des chefferies traditionnelles dans un État moderne, la gestion du foncier et les relations avec les autres communautés.

Conclusion

L’émirat de l’Adamaoua montre l’étendue de l’espace peul, bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest. Né d’un mouvement religieux et politique, il a façonné durablement le paysage social, linguistique et culturel du nord du Cameroun et de l’est du Nigeria. Mieux connaître cette histoire, c’est prendre conscience de la diversité et de l’unité du monde peul, du Fouta-Djalon jusqu’aux rives de la Bénoué.

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