Au Fouta-Djalon, région profondément marquée par l’islam depuis plusieurs siècles, deux moments de l’année occupent une place à part : le mois de Ramadan, qui se termine par la fête de l’Aïd el-Fitr, appelée localement Juulde Sunkaru, et la Tabaski, ou Aïd el-Kébir, souvent désignée sous le nom de Juulde Donkin. Ces périodes sont à la fois des temps de dévotion et des moments de grande convivialité, où la famille, le voisinage et la communauté se retrouvent.
Le Ramadan, un mois à part
Le Ramadan est le neuvième mois du calendrier musulman. Pendant cette période, les fidèles adultes et en bonne santé s’abstiennent de manger et de boire du lever au coucher du soleil. Au Fouta-Djalon, l’annonce du début du mois est attendue avec ferveur. On guette l’apparition du croissant de lune, et la nouvelle se répand rapidement de concession en concession, aujourd’hui aussi par la radio et les téléphones.
Le quotidien s’organise alors autrement. Avant l’aube, les familles se lèvent pour le repas du sahur, souvent composé de bouillie, de riz ou de restes du dîner. La journée se poursuit au rythme des prières et des activités habituelles, ralenties par la chaleur et la fatigue. Les mosquées se remplissent davantage, et beaucoup de fidèles consacrent plus de temps à la lecture du Coran.
La rupture du jeûne
Le moment le plus attendu de la journée est la rupture du jeûne, au coucher du soleil. On commence souvent par des dattes, de l’eau, du lait caillé ou une bouillie légère, parfois une boisson à base de gingembre ou de bissap. Viennent ensuite des plats plus consistants : bouillies de fonio ou de riz, beignets, pain, sauces, viande lorsque les moyens le permettent.
Ce repas est rarement pris seul. Les familles invitent volontiers les voisins, les voyageurs ou les personnes isolées. Dans beaucoup de villages, des plats sont envoyés à la mosquée pour ceux qui y rompent le jeûne. Ce partage traduit l’un des messages essentiels du Ramadan : penser à ceux qui ont faim et renforcer les liens entre les membres de la communauté.
La fête de fin du Ramadan
À la fin du mois, la fête de l’Aïd el-Fitr marque le retour à la vie ordinaire. Avant la prière de la fête, chaque famille s’acquitte de la zakat al-fitr, une aumône destinée aux plus démunis, généralement versée en céréales ou en argent. Le matin, hommes, femmes et enfants revêtent leurs plus beaux habits. Les tenues neuves, souvent cousues pour l’occasion chez le tailleur du quartier, sont un élément important de la fête.
La prière collective se tient à la grande mosquée ou sur un espace dégagé. Elle est suivie d’un sermon puis des salutations. Commence alors une journée de visites : on se rend chez les parents, les aînés, les voisins, les amis. Les enfants vont de maison en maison, et reçoivent des friandises ou quelques pièces. C’est aussi le moment de demander pardon pour les offenses de l’année, une pratique très présente au Fouta.
La Tabaski, la grande fête
Environ soixante-dix jours plus tard, la Tabaski commémore le sacrifice d’Abraham, Ibrahima dans la tradition musulmane. C’est la fête la plus importante de l’année pour de nombreuses familles. Elle coïncide avec la période du pèlerinage à La Mecque, et ceux qui reviennent du hajj sont accueillis avec beaucoup d’honneur.
La préparation commence des semaines à l’avance. L’achat du mouton est une préoccupation majeure, et les marchés à bétail connaissent une forte affluence. Les prix augmentent souvent à l’approche de la fête, ce qui pèse sur le budget des ménages. Dans une région d’éleveurs comme le Fouta-Djalon, certaines familles choisissent dans leur propre troupeau l’animal qui sera sacrifié.
Le jour du sacrifice
Le matin de la Tabaski, après la prière collective, les chefs de famille procèdent au sacrifice. La viande est ensuite partagée selon une tradition bien établie : une part pour la famille, une part pour les proches et les voisins, une part pour les pauvres. Ce partage est l’un des moments les plus forts de la fête, car il garantit que chacun, même les plus modestes, puisse manger de la viande ce jour-là.
La journée est consacrée à la cuisine, aux repas en famille et aux visites. Les femmes préparent des plats en grande quantité, grillades, ragoûts et sauces accompagnés de riz ou de fonio. Les jours suivants, les visites se poursuivent, et les échanges de viande entre familles renforcent les liens de voisinage.
Le retour au village
Pour beaucoup de Peuls vivant à Conakry, dans d’autres pays africains ou en Europe, ces fêtes sont l’occasion de revenir au village. Les routes vers Labé, Pita, Mamou ou Dalaba se chargent de voyageurs dans les jours qui précèdent. Ceux qui ne peuvent pas faire le voyage envoient de l’argent pour aider la famille à acheter le mouton ou les tenues des enfants. Les appels vidéo permettent aussi de partager, même à distance, l’ambiance de la fête.
Entre foi et culture
Au Fouta-Djalon, la manière de célébrer le Ramadan et la Tabaski reflète la rencontre entre la pratique religieuse et les valeurs du pulaaku. La générosité, la retenue, le respect des aînés et le sens de l’hospitalité s’y expriment pleinement. Les fêtes sont aussi un moment où l’on voit la société dans sa diversité : les anciens assis devant les concessions, les femmes qui organisent les repas, les jeunes qui reviennent de la ville, les enfants fiers de leurs habits neufs.
Conclusion
Le Ramadan et la Tabaski rythment l’année au Fouta-Djalon autant que la saison des pluies ou les récoltes. Au-delà de leur dimension religieuse, ces fêtes rappellent l’importance du partage, du pardon et de la solidarité. Elles rassemblent des familles dispersées et réaffirment, année après année, l’attachement des Peuls du Fouta à leur foi et à leur culture.
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