
On présente souvent le Sahel comme une région condamnée à la désertification. Pourtant, depuis les années 1980, des millions d’hectares y ont été restaurés grâce à des techniques inventées ou redécouvertes par les paysans eux-mêmes. Peu coûteuses, faciles à reproduire, elles permettent de récupérer des terres dénudées et d’augmenter les récoltes. Voici les principales.
Le zaï : des trous qui changent tout
Le zaï est une technique traditionnelle du Burkina Faso, popularisée par l’agriculteur Yacouba Sawadogo, de la région de Ouahigouya, surnommé « l’homme qui a arrêté le désert ». Le principe est simple :
- pendant la saison sèche, on creuse de petits trous d’environ 20 à 40 centimètres de diamètre et 10 à 15 centimètres de profondeur sur un sol encroûté ;
- on dépose dans chaque trou une poignée de fumier ou de compost ;
- aux premières pluies, l’eau se concentre dans les trous, et l’on y sème le mil ou le sorgho.
La matière organique attire les termites, qui creusent des galeries et améliorent l’infiltration de l’eau. Résultat : des terres considérées comme stériles redeviennent productives. Le travail est physique, mais l’investissement en argent est très faible.
Les demi-lunes
Les demi-lunes sont des cuvettes en forme de croissant, d’environ deux à quatre mètres de diamètre, creusées perpendiculairement à la pente. La terre extraite forme un petit bourrelet du côté aval, qui retient l’eau de ruissellement. On y plante des céréales, des arbres ou des herbes fourragères. Très utilisée au Niger, cette technique permet de restaurer des terrains en pente où l’eau s’écoulait sans pénétrer dans le sol.
Les cordons pierreux
Sur les terrains légèrement inclinés, les paysans disposent des lignes de pierres le long des courbes de niveau. Ces cordons pierreux freinent l’écoulement de l’eau, retiennent la terre fertile et les débris végétaux. Avec le temps, de la végétation pousse le long des cordons et renforce leur effet. Ils sont souvent associés au zaï pour des résultats encore meilleurs.
La régénération naturelle assistée
La régénération naturelle assistée (RNA) est peut-être la technique la plus étonnante. Plutôt que de planter de nouveaux arbres, souvent coûteux et fragiles, on protège les jeunes pousses qui repartent naturellement des souches et des racines déjà présentes dans les champs. L’agriculteur sélectionne quelques tiges vigoureuses, taille les autres et protège les arbres en croissance.
Au Niger, cette pratique s’est diffusée à partir des années 1980 dans les régions de Maradi et de Zinder. Selon les études de chercheurs, des millions d’hectares de champs y sont aujourd’hui parsemés d’arbres, comme le gao (Faidherbia albida), qui fertilise le sol, fournit du fourrage aux animaux et de l’ombre aux cultures.
L’intégration de l’agriculture et de l’élevage
Toutes ces techniques ont besoin de matière organique. Le fumier des troupeaux joue donc un rôle clé. Les accords entre agriculteurs et éleveurs, qui permettent au bétail de pâturer les champs après la récolte en échange de fumure, sont un pilier de la restauration des sols. Les feuilles et gousses des arbres protégés nourrissent à leur tour les animaux en saison sèche.
Des résultats concrets
Les bénéfices observés sur le terrain sont nombreux :
- meilleure infiltration de l’eau et recharge des nappes ;
- hausse des rendements de céréales sur des terres auparavant improductives ;
- production de bois de chauffe, de fourrage et de fruits ;
- réduction de l’érosion par le vent et par l’eau ;
- revenus supplémentaires et moindre exode des jeunes.
Ce qui freine encore leur diffusion
Ces méthodes demandent beaucoup de travail manuel, une main-d’œuvre qui manque parfois dans les villages. La question foncière est aussi essentielle : un paysan investit plus volontiers dans une terre lorsqu’il est sûr de pouvoir la cultiver durablement. Enfin, la règle de propriété des arbres a longtemps découragé leur protection dans certains pays, avant que les législations n’évoluent.
Ces techniques montrent que des solutions efficaces au changement climatique peuvent venir des agriculteurs eux-mêmes. Soutenir leur diffusion, par la formation, l’échange entre paysans et la sécurisation foncière, est l’un des investissements les plus rentables pour l’avenir du Sahel.
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