Accueil » Le marché du bétail en Afrique de l’Ouest : comment ça marche ?

Le marché du bétail en Afrique de l’Ouest : comment ça marche ?

Economie Du campement sahélien aux grandes villes côtières, le bétail suit des filières anciennes et bien organisées. Acteurs, routes, prix et enjeux d’une économie essentielle.

adama • 3 min de lecture
Bovins en route vers le marché sur une piste
Photo by <a href="https://unsplash.com/@naquashv?utm_source=WP+Agent&utm_medium=referral">Naquash V</a> on <a href="https://unsplash.com/?utm_source=WP+Agent&utm_medium=referral">Unsplash</a>

L’élevage est l’un des piliers économiques de l’Afrique de l’Ouest. Dans des pays comme le Niger, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad ou la Mauritanie, il représente une part importante de la production agricole et fait vivre des millions de familles. Mais comment un bœuf né dans un campement sahélien arrive-t-il dans l’assiette d’un habitant de Lagos, Abidjan ou Dakar ? Plongée dans une filière ancienne, dynamique et souvent méconnue.

Une complémentarité entre le Sahel et la côte

Les pays sahéliens disposent de vastes pâturages mais d’une population moins nombreuse. Les pays côtiers, eux, ont des grandes villes en pleine croissance où la demande de viande augmente, mais des conditions climatiques et sanitaires moins favorables à l’élevage de grands troupeaux. Le bétail circule donc principalement du nord vers le sud. Le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal figurent parmi les grands importateurs régionaux d’animaux sur pied.

Les acteurs de la filière

  • Les éleveurs, qui produisent les animaux. Ils vendent généralement quelques têtes pour couvrir des besoins précis : nourriture, soins, fêtes, scolarité ;
  • Les collecteurs, qui parcourent les marchés ruraux pour acheter des animaux en petite quantité ;
  • Les intermédiaires (souvent appelés dillaali ou courtiers), qui mettent en relation acheteurs et vendeurs, garantissent l’origine des animaux et facilitent les négociations ;
  • Les commerçants exportateurs, qui constituent des lots et les acheminent vers les marchés terminaux ;
  • Les convoyeurs, qui accompagnent les animaux à pied ou en camion ;
  • Les bouchers et les chevillards, qui abattent et vendent la viande en ville.

Les différents types de marchés

On distingue généralement trois niveaux :

  1. Les marchés de collecte, en zone rurale, souvent hebdomadaires, où les éleveurs viennent vendre quelques animaux ;
  2. Les marchés de regroupement, dans des villes moyennes, où les commerçants constituent des lots plus importants ;
  3. Les marchés terminaux, à proximité des grandes villes de consommation, où les animaux sont vendus aux bouchers.

Le prix d’un animal augmente à chaque étape, en raison des frais de transport, d’alimentation, des taxes, des pertes en route et de la rémunération des intermédiaires.

La Tabaski, moment fort de l’année

La fête de la Tabaski (Aïd al-Adha) provoque chaque année un pic de demande en moutons. Dans les semaines qui précèdent, des milliers de bêtes convergent vers les grandes villes, et les prix peuvent fortement augmenter. Pour de nombreux éleveurs, c’est la période où ils réalisent l’essentiel de leurs revenus annuels. Les gouvernements surveillent souvent l’approvisionnement de près pour éviter les pénuries et la flambée des prix.

Ce qui fait varier les prix

  • la saison : en fin de saison sèche, les animaux sont plus maigres et les éleveurs vendent davantage, ce qui fait baisser les prix ;
  • l’état de l’animal : âge, poids, conformation, couleur de la robe pour certaines fêtes ;
  • le coût du transport et les contrôles sur les routes ;
  • la situation sécuritaire, qui peut fermer des marchés ou détourner des routes commerciales ;
  • les taux de change entre monnaies, par exemple entre le franc CFA et le naira.

Les défis de la filière

Malgré son dynamisme, la filière fait face à des difficultés : tracasseries routières et prélèvements informels, faiblesse des services vétérinaires, manque d’abattoirs modernes, insécurité dans certaines zones de production. Les éleveurs, en particulier, captent souvent une petite part de la valeur finale, car ils ont un accès limité à l’information sur les prix des marchés urbains.

Des solutions en développement

Plusieurs pistes sont explorées : systèmes d’information sur les prix diffusés par SMS, organisations d’éleveurs capables de vendre en groupe, amélioration des pistes à bétail et des marchés, développement de l’embouche (engraissement) pour vendre des animaux de meilleure qualité, ou encore transformation locale de la viande pour capter plus de valeur dans les pays producteurs.

Mieux organisée et sécurisée, la filière bétail pourrait davantage contribuer à la croissance économique, à l’emploi des jeunes et à la sécurité alimentaire de toute la région.

Partagez cet article

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *