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Lait, beurre et marché : le rôle économique méconnu des femmes peules

Société Traite, transformation du lait, vente au marché, gestion de l’épargne : dans les familles peules, les femmes occupent une place centrale dans l’économie. Un rôle souvent invisible mais essentiel.

adama • 4 min de lecture
Marché en plein air animé avec des vendeuses et des clients

Lorsqu’on pense aux Peuls, l’image qui vient souvent à l’esprit est celle d’un berger guidant son troupeau. Cette image, bien réelle, laisse pourtant dans l’ombre une autre réalité : le rôle économique majeur des femmes. Dans de nombreuses communautés peules, ce sont elles qui transforment et commercialisent le lait, gèrent une part importante des revenus du foyer et entretiennent les réseaux d’entraide. Comprendre leur place, c’est mieux saisir le fonctionnement de toute l’économie pastorale.

Le lait, domaine des femmes

Dans la répartition traditionnelle des tâches, les hommes s’occupent principalement de la conduite des troupeaux, de leur abreuvement et de leur protection. Le lait, en revanche, relève largement de la responsabilité des femmes. Selon les régions et les familles, elles participent à la traite, puis prennent en charge la conservation, la transformation et la distribution du lait.

Ce contrôle du lait n’est pas anodin. Il donne aux femmes une source de revenus propre et une place reconnue dans l’économie du foyer. Dans certaines communautés, il est même admis que le produit de la vente du lait revient en grande partie à celles qui l’ont transformé et vendu.

Un savoir-faire de transformation

Le lait frais se conserve mal sous la chaleur. Les femmes peules ont donc développé des techniques permettant de le transformer en produits plus durables. Le lait caillé, obtenu par fermentation naturelle, est l’un des produits les plus consommés. Le beurre, extrait par barattage dans des calebasses, sert à la cuisine, aux soins du corps et parfois à la vente. Dans certaines régions, on fabrique aussi des fromages ou du beurre clarifié.

Ces savoir-faire se transmettent de mère en fille. Ils demandent de la maîtrise : choix des récipients, gestion de la température, propreté des ustensiles, connaissance des goûts de la clientèle. Les calebasses décorées, utilisées pour transporter et présenter le lait, sont elles-mêmes des objets de fierté.

Le marché, lieu d’échange et de liberté

Chaque semaine, dans de nombreuses localités d’Afrique de l’Ouest, des femmes peules se rendent au marché avec leurs calebasses de lait ou de beurre. Elles y échangent leurs produits contre de l’argent ou contre des céréales, du sel, du sucre et d’autres biens de consommation. Ces échanges créent des liens anciens entre éleveurs et agriculteurs, qui dépendent les uns des autres.

Le marché est aussi un espace social. Les femmes y retrouvent des parentes, y prennent des nouvelles, y nouent des alliances et y forment parfois des groupes d’épargne. Pour beaucoup d’entre elles, ces déplacements réguliers représentent une forme d’autonomie et d’ouverture sur le monde.

Gérer l’épargne du foyer

Au-delà du lait, les femmes jouent souvent un rôle clé dans la gestion de l’épargne. Elles possèdent parfois leurs propres animaux, notamment des petits ruminants ou des volailles, qui constituent une réserve mobilisable en cas de besoin. Les bijoux reçus lors du mariage peuvent également servir d’épargne.

Les groupes d’épargne collective, comme les tontines, sont très répandus. Ils permettent de réunir des sommes importantes pour financer un événement familial, un petit commerce ou des dépenses scolaires. Les femmes en sont souvent les principales animatrices.

Les défis d’aujourd’hui

Le rôle économique des femmes peules est aujourd’hui confronté à plusieurs défis. La baisse des pâturages, les sécheresses et l’insécurité dans certaines zones du Sahel fragilisent les troupeaux et donc la production laitière. Lorsque les familles se sédentarisent ou migrent vers les villes, les femmes perdent parfois leur activité traditionnelle sans trouver facilement de nouvelles sources de revenus.

La concurrence du lait en poudre importé est un autre obstacle. Moins cher et facile à conserver, il occupe une place importante sur les marchés urbains, au détriment du lait local. Plusieurs initiatives cherchent à renforcer les filières laitières locales, par exemple à travers de petites unités de collecte et de transformation.

Des coopératives qui changent la donne

Dans plusieurs pays de la région, des femmes se sont regroupées en coopératives pour collecter, pasteuriser et conditionner le lait. Ces structures leur permettent de vendre à des prix plus stables, d’améliorer la qualité de leurs produits et d’accéder à de nouveaux clients, comme les boutiques ou les établissements scolaires. Des formations en hygiène, en gestion et en commercialisation accompagnent souvent ces projets.

Ces expériences montrent que les savoir-faire traditionnels peuvent s’adapter aux exigences modernes, à condition que les femmes aient accès au crédit, à l’équipement et à la formation.

Reconnaître un rôle essentiel

Les spécialistes du développement rural insistent de plus en plus sur la nécessité de mieux prendre en compte les femmes dans les politiques pastorales. Trop souvent, les programmes s’adressent d’abord aux propriétaires de troupeaux, généralement des hommes, en oubliant celles qui transforment et vendent la production. Mieux les associer, c’est renforcer la résilience de l’ensemble des familles.

Conclusion

Derrière chaque calebasse de lait vendue au marché, il y a un savoir-faire, une organisation et une contribution précieuse à l’économie familiale. Les femmes peules sont des actrices économiques à part entière. Valoriser leur travail, soutenir leurs coopératives et protéger les filières laitières locales, c’est aussi préserver une part essentielle de la culture pastorale.

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