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Muhammadu Sa’ad Abubakar, 20e sultan de Sokoto : un général devenu héritier spirituel d’Ousmane dan Fodio

Histoire Ancien officier passé par les missions de paix africaines, Muhammadu Sa’ad Abubakar règne depuis 2006 sur le trône fondé par Ousmane dan Fodio. Portrait d’une autorité religieuse majeure du Nigeria.

adama • 4 min de lecture
Muhammadu Sa’ad Abubakar, sultan de Sokoto
Photo : Département d’État des États-Unis, Sokoto, août 2016, via Wikimedia Commons (domaine public).

Au nord du Nigeria, peu de titres pèsent autant que celui de sultan de Sokoto. Héritier du califat fondé au début du XIXe siècle par le savant peul Ousmane dan Fodio, le sultan est considéré par une grande partie des musulmans du pays comme leur principal guide. Depuis 2006, ce trône est occupé par Muhammadu Sa’ad Abubakar, vingtième sultan, un ancien général de l’armée nigériane. Son parcours, entre carrière militaire et responsabilités spirituelles, illustre la manière dont une institution peule bicentenaire s’adapte au Nigeria moderne.

Un fils de sultan né à Sokoto

Muhammadu Sa’ad Abubakar naît le 24 août 1956 à Sokoto. Il est le plus jeune fils de Sir Siddiq Abubakar III, dix-septième sultan, qui a régné pendant plus de cinquante ans, de 1938 à 1988. Il descend ainsi en ligne directe d’Ousmane dan Fodio, le réformateur peul qui, à partir de 1804, a fondé le califat de Sokoto, l’un des plus vastes États de l’Afrique de l’Ouest du XIXe siècle.

Comme beaucoup de jeunes gens issus des grandes familles du Nord, il fréquente le prestigieux Barewa College de Zaria, qui a formé plusieurs générations de dirigeants nigérians. Il choisit ensuite la carrière des armes.

Trente ans sous l’uniforme

En 1975, Muhammadu Sa’ad Abubakar entre à l’Académie de défense du Nigeria. Il est nommé officier en 1977 dans l’arme blindée. Sa carrière le conduit sur de nombreux terrains. Au début des années 1980, il commande un bataillon de la force de maintien de la paix de l’Organisation de l’unité africaine au Tchad. Il participe plus tard aux opérations de l’ECOMOG, la force ouest-africaine, en Sierra Leone, et occupe des fonctions de liaison militaire auprès de la CEDEAO.

De 2003 à 2006, il est attaché de défense du Nigeria au Pakistan, avec des responsabilités élargies à plusieurs pays de la région et du Moyen-Orient. Il quitte l’armée en 2006 avec le grade de général de brigade, au moment où son destin bascule.

2006 : l’accession au trône après un drame

En octobre 2006, son frère aîné, le sultan Muhammadu Maccido, meurt dans l’accident d’un avion de la compagnie ADC Airlines, près d’Abuja. Quelques jours plus tard, le 2 novembre 2006, Muhammadu Sa’ad Abubakar est désigné vingtième sultan de Sokoto par les faiseurs de rois traditionnels. Il hérite d’une charge à la fois religieuse, morale et symbolique, dans un pays de plus de deux cents millions d’habitants où l’islam et le christianisme sont tous deux très présents.

Le guide des musulmans du Nigeria

Le sultan de Sokoto n’exerce pas de pouvoir politique officiel dans la république nigériane, mais son influence est considérable. Muhammadu Sa’ad Abubakar préside le Conseil suprême nigérian des affaires islamiques et dirige la Jama’atu Nasril Islam, une grande organisation musulmane. Il est aussi le chef de la confrérie soufie Qadiriyya au Nigeria.

Une de ses responsabilités les plus suivies concerne l’observation de la lune : c’est le sultan qui annonce officiellement le début et la fin du mois de ramadan pour les musulmans du pays. Chaque année, des millions de Nigérians attendent sa déclaration pour commencer le jeûne ou célébrer l’Aïd.

Une voix pour la paix et le dialogue

Dans un pays marqué par des violences communautaires, par l’insurrection de groupes armés dans le Nord-Est et par l’insécurité dans de nombreuses régions, le sultan s’exprime régulièrement pour appeler au calme, à la tolérance et au dialogue entre musulmans et chrétiens. Il participe à des rencontres interreligieuses avec des responsables chrétiens et reçoit de nombreuses délégations étrangères, comme celle du secrétaire d’État américain John Kerry, venu à Sokoto en août 2016.

Ses prises de parole sont attentivement suivies, et parfois discutées : certains attendent de lui des positions plus fermes sur la sécurité ou la gouvernance, d’autres saluent sa prudence et son rôle de modérateur. Comme ses prédécesseurs, il doit aussi composer avec les autorités politiques de l’État de Sokoto et de la fédération, qui ont leur mot à dire sur les institutions traditionnelles.

Un héritage né du jihad d’Ousmane dan Fodio

Pour mesurer le poids de ce trône, il faut revenir à ses origines. Le califat de Sokoto regroupait de nombreux émirats, dont Kano, Zaria, Katsina ou Adamawa, dirigés pour la plupart par des émirs issus de familles peules. Le sultan y portait le titre arabe d’Amir al-Mu’minin, commandeur des croyants, et le titre haoussa de Sarkin Musulmi. Après la conquête britannique de 1903, le califat perd son indépendance politique, mais l’autorité religieuse et morale du sultan est conservée. C’est cet héritage que Muhammadu Sa’ad Abubakar porte aujourd’hui, dans un nord du Nigeria où la culture haoussa et l’ascendance peule restent étroitement mêlées.

Conclusion

Officier formé dans les missions de paix africaines, puis gardien d’un héritage spirituel vieux de deux siècles, Muhammadu Sa’ad Abubakar incarne la continuité d’une institution née de la révolution peule d’Ousmane dan Fodio. À la tête du trône de Sokoto, il reste l’une des figures peules les plus influentes d’Afrique, au service d’une mission qu’il présente avant tout comme celle de la paix et de l’unité.

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