Au Cameroun comme en Centrafrique, on les reconnaît à leurs grands troupeaux de zébus aux cornes en lyre et à leur mode de vie mobile. Les Mbororo, que l’on appelle aussi Bororo ou Mbororo’en, sont des Peuls qui ont conservé plus que d’autres une existence centrée sur l’élevage. Longtemps restés en marge des États, ils sont aujourd’hui au cœur de nombreux enjeux : accès à la terre, éducation, sécurité et reconnaissance de leurs droits. Portrait d’une communauté peule d’Afrique centrale.
Qui sont les Mbororo ?
Le terme Mbororo désigne plusieurs groupes peuls pasteurs, par opposition aux Peuls installés dans les villes et les villages, souvent appelés Fulbe wuro, les Peuls de la maison. Parmi les Mbororo, on distingue notamment les Jafun, les Aku et les Wodaabe, chacun avec ses lignages, ses races de bétail préférées et ses itinéraires.
Tous parlent le fulfulde et se réclament des valeurs du pulaaku : la retenue, la patience, le sens de l’honneur et la maîtrise de soi. Mais leur mode de vie, longtemps nomade ou semi-nomade, les distingue des Peuls sédentaires, avec qui ils entretiennent des liens à la fois de parenté et de différence.
Une longue migration vers l’Afrique centrale
Les ancêtres des Mbororo se sont déplacés progressivement vers l’est, depuis le Nigeria et le Niger actuels, à la recherche de pâturages et de points d’eau. Au début du XXe siècle, des groupes mbororo s’installent dans les hautes terres de l’ouest du Cameroun, autour de Bamenda, où le climat d’altitude et les prairies conviennent bien au bétail. D’autres gagnent l’Adamaoua, l’Est du Cameroun puis, à partir des années 1920 et 1930, l’ouest et le centre de l’actuelle Centrafrique.
Ces migrations s’accompagnent d’échanges avec les populations agricoles locales : vente de lait, de beurre et de bétail, achat de céréales, accords de pâturage sur les champs après la récolte. Elles donnent aussi lieu, parfois, à des tensions autour de la terre.
La vie pastorale au quotidien
Chez les Mbororo, le troupeau est au centre de tout. Il représente la richesse de la famille, mais aussi son histoire : les bêtes se transmettent, se prêtent et se donnent lors des grandes étapes de la vie, comme le mariage ou la naissance. Les hommes et les jeunes garçons conduisent les animaux vers les pâturages, tandis que les femmes s’occupent de la traite, de la transformation du lait et de sa vente.
Le rythme de l’année suit celui des saisons. Pendant la saison sèche, les familles ou une partie d’entre elles se déplacent vers des zones mieux arrosées ; à la saison des pluies, elles reviennent vers leurs pâturages habituels. Ce mode de vie exige une connaissance très fine de l’environnement, des plantes et de la santé des animaux.
S’organiser pour défendre ses droits
Au Cameroun, les Mbororo ont longtemps été peu représentés dans les institutions et peu scolarisés. Pour changer cette situation, des membres de la communauté créent en 1992 la Mbororo Social and Cultural Development Association, connue sous le sigle MBOSCUDA. Cette association agit pour l’éducation des enfants, la santé, la promotion de la culture mbororo et la défense des droits fonciers des éleveurs.
Elle a contribué à faire connaître la situation des Mbororo au niveau national et international, notamment dans les débats sur les droits des peuples autochtones et des pasteurs. L’accès à l’école reste néanmoins un défi, car la mobilité des familles rend difficile une scolarité régulière.
Des défis sécuritaires majeurs
Depuis les années 1990, les éleveurs mbororo de Centrafrique et de l’est du Cameroun sont particulièrement touchés par l’insécurité. Des bandes armées, appelées zaraguinas ou coupeurs de route, enlèvent des enfants et des adultes pour exiger des rançons, souvent payées en bétail. De nombreuses familles ont perdu une grande partie de leurs troupeaux et ont dû fuir vers des camps ou vers les villes.
Les crises politiques qui ont secoué la Centrafrique, en particulier depuis 2013, ont aggravé cette situation. Les Mbororo ont parfois été associés, à tort, à certains groupes armés, ce qui les a exposés à des violences et à des déplacements. Dans les régions anglophones du Cameroun, la crise ouverte en 2016 a également affecté des communautés mbororo du Nord-Ouest.
Une culture riche et vivante
Malgré ces difficultés, la culture mbororo reste très vivante. Les femmes sont réputées pour leurs coiffures élaborées, leurs bijoux et leurs broderies, tandis que les hommes portent souvent le grand chapeau conique et le bâton du berger. Les fêtes de mariage et les rassemblements de saison des pluies sont l’occasion de chants, de poésie et de danses. Le savoir sur le bétail est immense : chaque animal a un nom, une généalogie et un caractère connus de son propriétaire. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes Mbororo poursuivent des études, deviennent enseignants, juristes ou médecins, tout en restant attachés à leurs troupeaux et à leur langue. Des associations et des radios communautaires en fulfulde contribuent aussi à faire vivre cette culture et à informer les éleveurs.
Conclusion
Les Mbororo incarnent une facette essentielle de l’identité peule : celle des bergers qui ont fait de la mobilité et de l’élevage un art de vivre. Entre fidélité à la tradition pastorale et adaptation à un monde qui change vite, ils continuent de défendre leur place en Afrique centrale. Leur histoire rappelle que les Peuls sont présents bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest, jusqu’au cœur du continent.
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