
Depuis près de vingt ans, Cellou Dalein Diallo est l’un des noms les plus connus de la politique guinéenne. Économiste et ancien cadre de banque, il a été plusieurs fois ministre, puis Premier ministre de 2004 à 2006, avant de prendre la tête de l’Union des forces démocratiques de Guinée, l’UFDG, principal parti d’opposition pendant de longues années. Membre de la communauté peule, il a été candidat à trois élections présidentielles. Voici son parcours, présenté de manière factuelle, sans prendre parti dans les débats qu’il suscite.
Un économiste formé à Conakry et à Paris
Cellou Dalein Diallo est né le 3 février 1952 en Guinée. Il appartient à la communauté peule, l’une des principales du pays. Il fait ses études supérieures à l’université de Conakry, puis se spécialise à Paris, au Centre d’études financières, économiques et bancaires.
Sa carrière commence dans l’administration économique. En 1976, il devient inspecteur du commerce. En 1982, il rejoint la Banque guinéenne du commerce extérieur. De 1985 à 1995, il travaille à la Banque centrale de la République de Guinée. Ces années dans les institutions financières forgent son image de technicien de l’économie, qu’il mettra en avant tout au long de sa carrière politique.
Dix ans de postes ministériels
Sous la présidence de Lansana Conté, Cellou Dalein Diallo entre au gouvernement en juillet 1996 comme ministre des Transports, des Télécommunications et du Tourisme. En octobre 1997, il devient ministre de l’Équipement. Le 12 mars 1999, il prend le portefeuille des Travaux publics et des Transports. Le 23 février 2004, il est nommé ministre de la Pêche et de l’Aquaculture.
Ces responsabilités successives le placent au cœur des grands dossiers d’infrastructures du pays pendant près d’une décennie, à une époque où la Guinée cherchait à moderniser ses routes, ses ports et ses télécommunications.
Premier ministre de 2004 à 2006
Le 9 décembre 2004, le président Lansana Conté le nomme Premier ministre. Il prend ses fonctions le 13 décembre. Son passage à la tête du gouvernement s’achève brusquement en avril 2006. Le 4 avril, il annonce un remaniement qui aurait élargi ses pouvoirs. Le lendemain, ces changements sont annulés et il est limogé par décret présidentiel. Il quitte ses fonctions le 5 avril 2006.
À la tête de l’UFDG
Le 8 novembre 2007, Cellou Dalein Diallo devient président de l’UFDG. Sous sa direction, le parti devient l’une des principales forces politiques du pays. Les années suivantes sont marquées par de fortes tensions. Le 28 septembre 2009, lors du rassemblement de l’opposition au stade de Conakry, violemment réprimé, il est blessé ; plusieurs côtes lui sont fracturées selon les récits de l’époque. Ces événements du 28 septembre ont fait de nombreuses victimes et ont donné lieu, bien plus tard, à un procès historique à Conakry.
Trois élections présidentielles
À l’élection présidentielle de 2010, la première considérée comme ouverte depuis l’indépendance, Cellou Dalein Diallo arrive en tête au premier tour. Il est cependant battu au second tour par Alpha Condé. Le 25 juillet 2015, l’UFDG le désigne de nouveau comme candidat pour l’élection présidentielle de la même année, et le reconduit à sa tête pour cinq ans. Alpha Condé est réélu.
En 2020, il se présente une troisième fois, face à Alpha Condé qui brigue un nouveau mandat après l’adoption d’une nouvelle Constitution. Selon les résultats officiels, il obtient environ 33 % des voix. Il conteste ces résultats et revendique la victoire, tandis que la Cour constitutionnelle confirme la réélection d’Alpha Condé. Pendant plusieurs jours après le scrutin, son domicile est encerclé par les forces de sécurité, et il est empêché de sortir pendant une dizaine de jours.
Après 2021
En septembre 2021, Alpha Condé est renversé par un coup d’État militaire. Les années suivantes, marquées par la transition, ont été suivies de près par l’UFDG et son président, qui ont alterné prises de position et critiques à l’égard des autorités de transition. Comme pour toute personnalité politique en activité, son action fait l’objet d’appréciations très diverses, entre ceux qui voient en lui un opposant constant et ceux qui critiquent son passage au gouvernement sous Lansana Conté.
Un parcours à lire avec nuance
Le parcours de Cellou Dalein Diallo est souvent résumé à travers le prisme de son appartenance communautaire, notamment dans un pays où les débats politiques ont parfois été marqués par des tensions identitaires. Ses partisans soulignent qu’il a dirigé un parti à vocation nationale et qu’il a obtenu des voix dans différentes régions du pays. Ses adversaires mettent plutôt en avant son long passage dans les gouvernements de Lansana Conté et la façon dont il a quitté la primature en 2006.
Pour comprendre sa trajectoire, il est donc utile de distinguer plusieurs dimensions : celle de l’économiste passé par les banques publiques, celle du ministre chargé des infrastructures, celle du chef de gouvernement, et enfin celle du chef de parti engagé dans la compétition électorale. Chacune de ces étapes a laissé des traces dans l’histoire politique récente de la Guinée, et chacune fait encore l’objet de débats entre les Guinéens.
Conclusion
De la Banque centrale à la primature, puis à la tête du principal parti d’opposition, Cellou Dalein Diallo a parcouru près d’un demi-siècle de vie publique guinéenne. Économiste de formation, il est devenu l’une des figures politiques les plus connues du pays et de la communauté peule. Son parcours reste au cœur des débats sur l’histoire politique récente de la Guinée.
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