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Le durbar des émirats du Nigeria : cavaliers, fêtes de l’Aïd et héritage des émirats nés du jihad peul

Culture À Kano, Katsina, Zaria ou Bida, les fêtes de l’Aïd s’achèvent par le durbar, une grande parade de cavaliers autour de l’émir. Origines, déroulement et sens d’une tradition des émirats du Nigeria.

adama • 4 min de lecture
Un cheval et des passants dans une rue au Nigeria (photo d’illustration)
Photo d’illustration : Ahmad Jaafar / Unsplash

Dans le nord du Nigeria, la fin du ramadan et la fête de l’Aïd el-Kébir ne se célèbrent pas seulement à la mosquée. Dans plusieurs villes, elles se prolongent par le durbar, une grande parade équestre où des centaines de cavaliers en tenue d’apparat défilent autour de l’émir. Ce spectacle, devenu l’une des images les plus célèbres du pays, est étroitement lié à l’histoire des émirats, dont beaucoup sont dirigés depuis le XIXe siècle par des dynasties peules issues du mouvement d’Ousmane dan Fodio.

Une fête des émirats du nord

Le durbar est organisé chaque année dans plusieurs cités du nord et du centre du Nigeria, parmi lesquelles Kano, Katsina, Sokoto, Zaria, Bauchi, Gombe, Bida, Lafia ou Ilorin. Il coïncide avec les fêtes musulmanes de l’Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan, et de l’Aïd el-Kébir.

La journée commence par la prière collective du matin. Vient ensuite la procession de l’émir, à cheval, entouré de ses cavaliers, de musiciens et de gardes. Les notables des districts viennent lui rendre hommage et réaffirmer leur fidélité à l’émirat. Le durbar est donc à la fois une fête religieuse, un spectacle et un moment politique.

Des origines anciennes et un mot venu d’ailleurs

Les parades équestres dans les cités du nord du Nigeria sont anciennes. À Kano, la tradition fait remonter une partie de ces cérémonies au règne de Muhammadu Rumfa, souverain du XVe siècle. Après le jihad peul du début du XIXe siècle, les chevaux jouent un rôle central dans les armées des émirats. Chaque grande maison noble forme alors son propre régiment de cavaliers, et ces régiments se rassemblent chaque année pour montrer leur loyauté, leur habileté et leur préparation à la guerre.

Le mot durbar, lui, ne vient ni du haoussa ni du peul. D’origine persane, il désignait en Inde de grandes cérémonies de cour et fut notamment associé à la proclamation de la reine Victoria comme impératrice des Indes, en 1877. Les administrateurs coloniaux britanniques l’ont ensuite appliqué aux parades du nord du Nigeria. Le premier durbar nigérian portant ce nom fut organisé en 1911, et d’autres suivirent, notamment en 1924, 1925, 1948, 1960 et 1972. En haoussa, la fête est appelée Hawan Sallah, que l’on peut traduire par la chevauchée de la fête.

Le déroulement à Kano

Kano offre l’un des durbars les plus connus. La Hawan Sallah, le jour de la fête, est suivie d’autres sorties à cheval, appelées Hawan Daushe, Hawan Nassarawa et Hawan Doriya. La Hawan Daushe est la plus remarquée : l’émir quitte le palais de Gidan Rumfa, passe par la porte de Kofar Kwaru et se rend à Babban Daki, le palais de la reine mère, pour rendre hommage à sa mère.

Le moment le plus spectaculaire est le jahi. Les cavaliers, par groupes, foncent au galop vers l’émir, s’arrêtent brusquement devant lui et le saluent en levant une épée ou un drapeau, avant de repartir. Le jahi se termine par un salut à la porte de Kofar Kudu, après lequel les gardes du palais tirent des coups de feu en l’air. Ces images attirent des spectateurs venus de tout le Nigeria et de l’étranger.

Chevaux, costumes et musique

Le durbar est aussi une fête des sens. Les chevaux sont parés de harnais brodés, de couvertures colorées et de plumets. Les cavaliers portent de larges boubous et des turbans aux couleurs de leur maison. Tambours, trompettes et chanteurs de louanges accompagnent la procession. Dans chaque émirat, les couleurs et les titres des régiments rappellent l’organisation de l’ancienne cour.

Pour les familles nobles, participer au durbar est un honneur transmis de génération en génération. Pour les habitants, c’est l’occasion de se retrouver, de porter leurs plus beaux habits et de célébrer la fin du jeûne dans une ambiance de fête.

Un symbole culturel du Nigeria

Après l’indépendance, le durbar prend une place nouvelle. Il est l’une des attractions du FESTAC 77, le deuxième Festival mondial des arts et de la culture noirs et africains, organisé au Nigeria en 1977. Peu à peu, son lien avec la période coloniale s’efface au profit de la mémoire des traditions plus anciennes : la cavalerie des émirats, les cérémonies des cours royales du nord et l’héritage du califat de Sokoto.

Pour les Peuls du Nigeria, le durbar rappelle aussi l’histoire des émirats fondés ou réorganisés au XIXe siècle par des chefs peuls, comme ceux de Kano, Katsina, Zaria, Bauchi, Gombe ou Ilorin. Aujourd’hui, ces émirats sont des institutions traditionnelles, et le durbar en est l’une des expressions les plus visibles.

Conclusion

Entre prière, hommage à l’émir et prouesses de cavaliers, le durbar résume à lui seul une part de l’histoire du nord du Nigeria. Hérité d’anciennes traditions équestres, renforcé par l’organisation militaire des émirats nés du jihad peul, puis nommé par l’administration coloniale, il est devenu une fête populaire et un symbole culturel. Il continue d’attirer chaque année foules et visiteurs lors des fêtes de l’Aïd.

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