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Le Boundou, l’État des almamys entre Falémé et Gambie : histoire d’un royaume peul du Sénégal oriental

Histoire Fondé à la fin du XVIIe siècle par le marabout torodo Malick Sy, le Boundou fut l’un des premiers États musulmans peuls d’Afrique de l’Ouest. Retour sur son histoire, de Fatteconda à Boulebane.

adama • 5 min de lecture
Baobabs près d’un village au Sénégal (photo d’illustration)
Photo d’illustration : E. Diop / Unsplash

Entre la rivière Falémé et le haut cours du fleuve Gambie, dans l’est de l’actuel Sénégal, s’étendait autrefois un État dirigé par une dynastie peule : le Boundou, que l’on trouve aussi écrit Bondou ou Bundu. Moins connu que le Macina ou le califat de Sokoto, il occupe pourtant une place particulière dans l’histoire de la région, car il est souvent présenté comme l’un des premiers États musulmans fondés par des Peuls en Afrique de l’Ouest. Voici l’histoire de ce royaume, de sa fondation à son intégration dans la colonie française.

Un plateau entre deux fleuves

Le Boundou occupe un plateau situé entre la Falémé, affluent du fleuve Sénégal, et le haut fleuve Gambie. Le relief y est plus marqué au sud et au centre, avec des collines, tandis que les terres basses sont décrites comme fertiles, plantées de baobabs et de tamariniers. Pendant la saison des pluies, des torrents saisonniers parcourent le pays, avant de s’assécher en saison sèche.

Cette position fait du Boundou un carrefour. Il touche au Fouta-Toro au nord-ouest, au Bambouk aurifère à l’est et au Gadiaga, le pays soninké du haut fleuve Sénégal. Les routes qui le traversent relient la vallée du Sénégal aux régions de la Gambie et à l’intérieur du continent.

Malick Sy, le marabout venu du Fouta-Toro

Avant sa fondation comme État, la région était peu peuplée et dépendait du royaume soninké du Gadiaga. Elle était déjà habitée en partie par des communautés de langue pulaar. À la fin du XVIIe siècle, un marabout torodo nommé Malick Sy, originaire de la région de Podor, dans le Fouta-Toro, s’y installe. Les sources ne s’accordent pas sur la date exacte : certaines évoquent les années 1660, d’autres l’année 1690.

Selon les récits historiques, le souverain du Gadiaga lui accorde d’abord un village, puis un territoire plus vaste. Malick Sy y installe des membres de sa famille venus du Fouta-Toro, ainsi que des musulmans venus du Djolof et de la région de Nioro du Sahel. Le Boundou devient alors une terre d’accueil pour des lettrés musulmans. Malick Sy meurt en 1699, tué dans une embuscade tendue par l’armée du Gadiaga.

La dynastie des Sissibé

Les descendants de Malick Sy, appelés Sissibé, gouvernent ensuite le pays. Son fils Bubu Malik Sy étend le territoire vers le sud, aux dépens de royaumes mandingues. Selon l’historiographie, vers 1716, le Boundou est devenu l’État le plus puissant du haut fleuve Sénégal.

Après la mort de Bubu Malik, une période d’instabilité s’ouvre, jusqu’à ce que Maka Jiba, qui règne de 1735 à 1764, rétablisse l’autorité centrale. Sous Amadi Gai, de 1764 à 1786, le souverain prend le titre d’almamy et introduit un droit fondé sur la charia. C’est aussi à cette époque que se dessine la rivalité entre deux branches de la famille régnante, celle de Boulebane et celle de Koussan, qui nourrira de nombreuses querelles de succession.

Capitales, voyageurs et commerce

À la fin du XVIIIe siècle, la résidence royale se trouve à Fatteconda. En 1818, elle a été transférée à Boulebane, un village fortifié de 1 500 à 1 800 habitants selon les témoignages de l’époque. Plusieurs voyageurs européens traversent alors le pays et paient un tribut au souverain, comme Daniel Houghton en 1791 et Mungo Park en 1795. Le major William Gray le visite en 1818.

Le Boundou se trouve sur des routes commerciales où circulent l’or, l’ivoire, la noix de kola, le sel, les étoffes, le coton, la gomme arabique et le bétail. Les visiteurs de la fin du XVIIIe siècle mentionnent aussi de beaux chevaux et la production locale d’encens, de coton et d’indigo. Comme d’autres États de la région à cette époque, le Boundou pratiquait aussi l’esclavage : des captifs de guerre travaillaient dans les champs de l’almamy ou étaient vendus. Les historiens estiment qu’à la fin du XIXe siècle, une grande partie de la population était de condition servile.

Un État religieux mais pluriel

Bien que dirigé par des almamys, le Boundou est souvent décrit comme moins rigoureux sur le plan religieux que d’autres États peuls de la région. Les historiens l’expliquent par sa fondation relativement pacifique et par la présence de nombreux habitants qui n’étaient ni peuls ni musulmans. Wolofs, Peuls, Malinkés, Diakhankés, Soninkés et groupes tenda y vivaient côte à côte. Le Boundou ne chercha pas non plus à étendre l’islam au-delà de ses frontières par la guerre.

Les Français, El Hadj Oumar et le déclin

Au XIXe siècle, les Français s’installent sur le haut fleuve Sénégal. Ils construisent un fort à Bakel, dans le Gadiaga, en 1820, puis un poste permanent à Sénoudébou, au Boundou, convenu en 1845 et fermé en 1862. Le Boundou achète des armes aux Français sur le Sénégal comme aux Britanniques sur la Gambie.

La mort de l’almamy Saada Amadi Aïssata, en 1851, ouvre une guerre civile. El Hadj Oumar Tall prend alors le contrôle de la région avec un soutien local, et de nombreux Peuls partent vers l’est, en direction de Nioro du Sahel. Après l’échec d’Oumar Tall au siège du fort de Médine en 1857, Bokar Saada Sy s’impose avec l’appui des Français. Les famines, les épidémies et les querelles de succession affaiblissent ensuite le pays. Le jihad de Mamadou Lamine, entre 1885 et 1887, renverse brièvement les Sissibé, avant que les forces françaises ne les rétablissent. Le dernier almamy, choisi par les Français, meurt en 1902, et le Boundou est absorbé dans l’administration coloniale.

Conclusion

Du marabout Malick Sy aux derniers almamys de l’époque coloniale, le Boundou a connu plus de deux siècles d’histoire. Situé à la croisée du Fouta-Toro, du Bambouk et de la Gambie, il fut un lieu de refuge, de commerce et de rivalités. Son histoire, documentée par les voyageurs européens et par les historiens, éclaire la place des Peuls dans la formation des États musulmans d’Afrique de l’Ouest.

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