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Mohamed Juldeh Jalloh, de Koidu à la vice-présidence : le parcours d’un Peul de Sierra Leone

Société Né à Koidu en 1970, Mohamed Juldeh Jalloh est passé par les Nations unies avant de devenir vice-président de la Sierra Leone en 2018. Portrait d’un Peul de Sierra Leone au sommet de l’État.

adama • 5 min de lecture
Mohamed Juldeh Jalloh, vice-président de la Sierra Leone, au siège de l’USAID à Washington
Photo : USAID (œuvre du gouvernement des États-Unis, domaine public), via Wikimedia Commons

En Sierra Leone, les Peuls, que l’on appelle souvent Fula dans le pays, forment une communauté ancienne, connue pour son rôle dans le commerce et dans la vie religieuse. L’un de ses membres occupe depuis 2018 la deuxième fonction de l’État : Mohamed Juldeh Jalloh, vice-président de la République. Universitaire de formation, passé par les Nations unies, il incarne une génération de responsables politiques africains formés à la fois sur le continent et en Europe. Retour sur un parcours qui mène d’une ville minière de l’est du pays au sommet du pouvoir à Freetown.

Une enfance à Koidu, au cœur du district de Kono

Mohamed Juldeh Jalloh est né en 1970 à Koidu, la principale ville du district de Kono, dans l’est de la Sierra Leone. C’est là qu’il a grandi. La région de Kono est connue dans tout le pays pour ses gisements de diamants, qui ont longtemps attiré commerçants et travailleurs venus d’ailleurs, et qui ont aussi été au centre des convoitises pendant la guerre civile des années 1990.

Il appartient au groupe peul, l’une des nombreuses communautés de la Sierra Leone, aux côtés notamment des Temné, des Mendé, des Limba ou des Kono. Il est aussi connu comme un musulman pratiquant, un trait que l’on retrouve souvent dans les portraits qui lui sont consacrés. Son nom de famille, Jalloh, est la forme anglophone du patronyme peul Diallo, très répandu de l’Atlantique au lac Tchad.

Des études entre Freetown, Ibadan et Bordeaux

Le parcours universitaire de Mohamed Juldeh Jalloh traverse trois pays. Il obtient d’abord une licence en science politique au Fourah Bay College, à Freetown, l’établissement universitaire le plus ancien d’Afrique de l’Ouest, fondé au XIXe siècle. Il poursuit ensuite ses études au Nigeria, à l’université d’Ibadan, où il obtient une maîtrise en science politique.

Il part enfin en France, à l’université de Bordeaux, où il soutient un doctorat. Ce passage par le monde francophone explique qu’il parle couramment le français en plus de l’anglais, langue officielle de la Sierra Leone. Cette double culture linguistique est un atout dans une région où les pays anglophones et francophones se côtoient au sein de la CEDEAO.

Une carrière internationale aux Nations unies

Avant d’entrer en politique, Mohamed Juldeh Jalloh fait carrière dans les organisations internationales. Il commence à travailler pour les Nations unies en 2000, comme chargé de programme au sein de la mission de l’ONU au Kosovo, dans les Balkans, une région alors en pleine reconstruction après la guerre.

Il siège plus tard au conseil des conseillers principaux de la mission de stabilisation des Nations unies au Mali, engagée dans un pays et une région du Sahel traversés par une crise sécuritaire profonde. Ces années lui donnent une expérience concrète des questions de paix, de gouvernance et de reconstruction, des thèmes qui reviennent souvent dans son discours politique. Il est également présenté comme homme d’affaires.

Le choix de Julius Maada Bio en 2018

Membre influent du Sierra Leone People’s Party (SLPP), l’un des deux grands partis du pays, Mohamed Juldeh Jalloh est choisi par Julius Maada Bio comme colistier pour l’élection présidentielle de 2018. Le duo affronte le candidat du parti alors au pouvoir, l’All People’s Congress, Samura Kamara. Aucun candidat n’ayant obtenu la majorité requise au premier tour, un second tour est organisé, et le ticket du SLPP l’emporte.

Le 4 avril 2018, Mohamed Juldeh Jalloh devient vice-président de la Sierra Leone. Il succède à Victor Bockarie Foh. En 2023, Julius Maada Bio est réélu, résultat contesté par l’opposition, et Mohamed Juldeh Jalloh reste à ses côtés pour ce second mandat.

Le rôle d’un vice-président

Dans le système sierra-léonais, le vice-président est élu sur le même ticket que le président et le remplace en cas d’empêchement. Il représente souvent le chef de l’État lors de rencontres internationales et suit des dossiers confiés par la présidence. La photo qui illustre cet article a d’ailleurs été prise lors d’une visite de Mohamed Juldeh Jalloh au siège de l’agence américaine de développement international, à Washington, où il était reçu par son administrateur de l’époque, Mark Green.

Ces déplacements montrent le rôle de représentation que joue le vice-président auprès des partenaires du pays, dans un contexte où la Sierra Leone cherche à attirer des financements pour l’éducation, la santé et les infrastructures, après les traumatismes de la guerre civile et de l’épidémie d’Ebola de 2014 à 2016.

Un symbole pour les Peuls de Sierra Leone

Pour la communauté peule du pays, la présence de l’un des siens à la vice-présidence a une portée symbolique. Les Peuls de Sierra Leone sont souvent associés au commerce, dans les marchés de Freetown comme dans les villes de l’intérieur, et à la vie des mosquées. Leur présence dans le pays est le fruit de migrations anciennes depuis les régions voisines, et de liens commerciaux et familiaux qui dépassent les frontières.

Le parcours de Mohamed Juldeh Jalloh rappelle aussi que l’identité peule ne se limite pas à l’élevage ou aux régions sahéliennes. De Freetown à Yaoundé, de Dakar à Kano, des Peuls occupent aujourd’hui des fonctions de premier plan dans l’administration, l’université, les organisations internationales et la politique.

Conclusion

De Koidu à la vice-présidence, en passant par Ibadan, Bordeaux, le Kosovo et le Mali, Mohamed Juldeh Jalloh a suivi un chemin qui mêle formation universitaire, expérience internationale et engagement partisan. Son parcours, comme celui d’autres responsables peuls en Afrique de l’Ouest, montre la diversité des trajectoires d’une communauté présente dans toute la région. Son bilan politique, comme celui de tout responsable public, reste soumis au jugement des citoyens sierra-léonais.

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