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Le lac Tchad, un géant qui a rétréci : ce que ce changement signifie pour les pêcheurs, les agriculteurs et les éleveurs

Société Le lac Tchad a perdu l’essentiel de sa surface depuis les années 1960. Chiffres, causes et conséquences pour les millions de personnes, éleveurs peuls compris, qui vivent de ses rives.

adama • 4 min de lecture
Troupeau de bovins dans l’eau (photo d’illustration, ne montre pas le lac Tchad)
Photo d’illustration : Eyasu Etsub / Unsplash

Partagé entre le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria, le lac Tchad est l’une des grandes étendues d’eau douce du Sahel. Pendant des siècles, il a nourri pêcheurs, agriculteurs et éleveurs, parmi lesquels de nombreux Peuls venus faire paître leurs troupeaux sur ses rives et ses îles. Mais depuis les années 1960, sa surface a fortement diminué. Ce changement spectaculaire a des conséquences directes sur la vie de millions de personnes. Voici ce que l’on sait de ce phénomène, de ses causes et de ses effets.

Des chiffres qui frappent

Au XIXe siècle, vers 1870, le lac Tchad couvrait environ 28 000 kilomètres carrés. Entre juin 1966 et janvier 1973, sa surface est passée de 22 772 à 15 400 kilomètres carrés. En 1975, elle n’était plus que de 4 398 kilomètres carrés, puis de 1 756 kilomètres carrés en février 1994.

Depuis le milieu des années 1970, la surface du lac varie généralement entre 2 000 et 5 000 kilomètres carrés selon les années et les saisons. Elle a ainsi atteint 5 075 kilomètres carrés en 2000. Entre 2013 et 2016, la surface moyenne en eau libre était d’environ 1 876 kilomètres carrés. Le lac est peu profond, ce qui explique pourquoi de faibles variations de pluie ou d’apports des rivières suffisent à modifier fortement son étendue.

Pourquoi le lac a-t-il rétréci ?

Les scientifiques avancent plusieurs causes, qui se combinent. La première est climatique : les grandes sécheresses qui ont frappé le Sahel dans les années 1970 et 1980 ont réduit les pluies et le débit des rivières qui alimentent le lac, en particulier le Chari.

La deuxième est humaine. Une partie de l’eau des rivières est détournée pour l’irrigation de grands périmètres agricoles. Des barrages construits en amont ont aussi modifié le rythme et l’ampleur des crues saisonnières. Enfin, la disparition d’une partie de la végétation, liée au surpâturage et au déboisement, est citée parmi les facteurs qui ont contribué à l’assèchement du climat local.

Des millions de personnes concernées

Plus de 30 millions de personnes vivent dans le bassin du lac Tchad. Plus de 70 groupes ethniques sont installés autour du lac, surtout sur sa rive sud, où la densité dépasse 100 habitants au kilomètre carré. Tous dépendent, d’une manière ou d’une autre, de ses ressources : irrigation, pêche, élevage et eau potable.

Pour les pêcheurs, la baisse du niveau de l’eau signifie souvent moins de poissons et des déplacements plus longs. Pour les agriculteurs, les terres libérées par le retrait des eaux offrent parfois de nouveaux champs fertiles, mais leur occupation varie d’une année à l’autre. Pour les éleveurs, peuls et autres, les pâturages et les points d’eau changent de place, ce qui oblige à adapter les itinéraires des troupeaux et peut créer des tensions avec les agriculteurs qui exploitent les mêmes terres.

La vache kouri, un trésor menacé

Le lac Tchad abrite une race bovine unique, la kouri. Ces bovins sans bosse, aux cornes souvent très volumineuses, ne vivent qu’autour du lac, où ils sont présents depuis des milliers d’années. Ils sont réputés bons nageurs et passent une grande partie de leur temps dans l’eau. Certains pensent que leurs cornes les aident à flotter.

La kouri supporte mal la chaleur intense et les longues sécheresses. Ses effectifs semblent avoir diminué au cours des dernières décennies, notamment en raison des croisements avec les zébus. Une tentative d’installation d’un troupeau hors de la région du lac, entre 1953 et 1957, a échoué, ce qui montre à quel point cette race est liée à son milieu.

Insécurité et coopération régionale

Les difficultés de la vie autour du lac ont été aggravées par l’insécurité. Selon de nombreuses analyses, la pauvreté et le manque de perspectives ont favorisé les trafics et l’implantation de groupes armés, dont Boko Haram, qui ont provoqué des déplacements massifs de population dans les quatre pays riverains.

Face à ces défis, les États de la région coopèrent depuis longtemps au sein de la Commission du bassin du lac Tchad, créée le 22 mai 1964 par le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad. La République centrafricaine l’a rejointe en 1996, et la Libye en 2008. Parmi les projets étudiés figure l’idée de transférer de l’eau depuis le bassin du fleuve Congo vers celui du Chari, par un canal d’environ 2 400 kilomètres, avec des barrages destinés à produire de l’électricité. Ce projet reste très coûteux et fait débat.

Les éleveurs face à un milieu mouvant

Pour les éleveurs, peuls et autres, le lac Tchad reste un repère essentiel en saison sèche, lorsque l’eau et l’herbe se raréfient ailleurs. Les rives et les terres libérées par le retrait des eaux offrent des pâturages recherchés. Mais ces espaces sont aussi convoités par les agriculteurs et les pêcheurs, et leur étendue change d’une année à l’autre. La concertation entre usagers, l’entretien des couloirs de passage du bétail et le respect des règles locales d’accès aux ressources sont donc essentiels pour éviter les conflits.

Conclusion

Le lac Tchad n’a pas disparu, mais il a profondément changé. Sa surface, qui varie fortement d’une année à l’autre, ne retrouve plus son étendue des années 1960. Pour les pêcheurs, les agriculteurs et les éleveurs, dont de nombreux Peuls, cette évolution impose de s’adapter sans cesse. L’avenir du lac dépendra du climat, mais aussi de la gestion partagée de l’eau et du retour de la sécurité dans la région.

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