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Les Peuls de Guinée-Bissau : la première communauté du pays, entre Gabú, Bafatá et la diaspora

Société Avec plus d’un habitant sur quatre, les Peuls forment le premier groupe de Guinée-Bissau. Histoire, régions, langue, religion et vie quotidienne d’une communauté au cœur du pays.

adama • 4 min de lecture
Une rue de Bissau, capitale de la Guinée-Bissau
Photo : Kaysha / Unsplash

Quand on pense aux Peuls d’Afrique de l’Ouest, on cite souvent le Sénégal, le Mali, le Niger ou le Nigeria. On oublie parfois la Guinée-Bissau, petit pays lusophone coincé entre le Sénégal et la Guinée. Pourtant, les Peuls y forment le premier groupe de population. Présents surtout dans l’est et le nord-est du pays, autour des villes de Gabú et de Bafatá, ils jouent un rôle important dans le commerce, la vie religieuse et la politique. Portrait d’une communauté souvent méconnue.

Le premier groupe du pays

Selon les estimations reprises par la CIA dans son annuaire des pays, les Peuls représentent environ 28,5 % de la population de la Guinée-Bissau. Ils devancent les Balante, estimés à 22,5 %, les Mandingues, autour de 14,7 %, puis les Papel, les Manjaque, les Biafada, les Mancagne, les Bijagos et d’autres groupes. Cette diversité fait de la Guinée-Bissau une mosaïque de peuples sur un territoire d’à peine plus de 36 000 kilomètres carrés.

Les Peuls et les Mandingues sont surtout concentrés dans le nord et le nord-est du pays, des régions de savanes plus sèches que le littoral, où dominent les rizières et les mangroves. Les régions de Gabú et de Bafatá sont souvent considérées comme le cœur du pays peul bissau-guinéen.

Gabú, ville de marché

Gabú est la plus grande ville de l’est du pays et la capitale de la région du même nom. Elle comptait 37 525 habitants en 2010. Sous la colonisation portugaise, elle portait le nom de Nova Lamego, en référence à la ville de Lamego au Portugal. Elle a retrouvé son nom de Gabú après l’indépendance.

C’est avant tout une ville de commerce. Son marché est le deuxième du pays et attire des marchands venus de Guinée et du Sénégal voisins. On y échange du charbon de bois, des poteries et des produits agricoles. Pour de nombreuses familles peules, le commerce, l’élevage et l’agriculture se combinent, et les liens avec les pays voisins sont permanents.

Une histoire liée à la fin du Kaabu

La région de Gabú a été pendant plusieurs siècles le centre du royaume mandingue du Kaabu, d’abord vassal de l’empire du Mali, puis indépendant à partir du XVIe siècle. Des éleveurs peuls s’y étaient installés, souvent chargés de garder les troupeaux de l’aristocratie mandingue, dans des conditions parfois difficiles.

Au XIXe siècle, les rapports de force s’inversent. Le siège de Kansala, la capitale du Kaabu, mené notamment par Alfa Molo Baldé, s’achève par l’incendie des réserves de poudre ordonné par le dernier souverain, Janke Waali, une explosion qui détruit la ville. Les sources le datent de 1865 ou de 1867. La domination mandingue prend fin, et la région passe sous contrôle peul jusqu’à la conquête portugaise, autour du tournant du XXe siècle.

Langue, religion et vie sociale

Comme dans le reste du pays, la langue la plus parlée par les Peuls de Guinée-Bissau au quotidien avec leurs voisins est souvent le créole, le kriol, parlé par plus de neuf habitants sur dix. Le portugais reste la langue officielle, mais il est parlé par une minorité. Au sein des familles, le fula, nom local de la langue peule, reste largement utilisé.

Les Peuls sont très majoritairement musulmans. Leur poids démographique contribue à faire de l’islam la première religion du pays, pratiquée par un peu moins de la moitié de la population selon les estimations récentes, aux côtés des religions traditionnelles et du christianisme. Les fêtes religieuses, comme la fin du ramadan ou la Tabaski, rythment la vie des villes de l’est.

L’élevage, une identité qui demeure

Si beaucoup de Peuls de Guinée-Bissau vivent aujourd’hui du commerce ou de l’agriculture, l’élevage garde une place centrale dans leur identité. Comme dans toute l’Afrique de l’Ouest, le bétail représente à la fois une richesse, une épargne et un lien avec les ancêtres. Les troupeaux de bovins pâturent dans les savanes de l’est, et le lait, frais ou caillé, reste un aliment apprécié. Les déplacements saisonniers des éleveurs, à la recherche de pâturages et de points d’eau, se poursuivent souvent au-delà des frontières, vers le Sénégal et la Guinée voisins. Ces mobilités rappellent que, pour les Peuls, les frontières héritées de la colonisation n’ont jamais complètement effacé un espace commun bien plus vaste.

Une place dans la vie nationale

Les Peuls occupent aussi une place visible dans la vie politique et économique de la Guinée-Bissau. Umaro Sissoco Embaló, élu à la présidence en 2019, est lui-même issu de cette communauté, ce qui a renforcé l’attention portée à son rôle dans le pays. Comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, de nombreux Peuls bissau-guinéens vivent aussi à l’étranger, notamment au Sénégal, en Guinée, au Portugal et dans d’autres pays d’Europe, où ils entretiennent des liens étroits avec leurs familles restées au pays.

Conclusion

Premier groupe de population de la Guinée-Bissau, les Peuls y sont à la fois les héritiers d’une histoire régionale ancienne, des acteurs du commerce transfrontalier et une composante essentielle de la vie religieuse et politique. Les connaître permet de mieux comprendre ce pays souvent oublié, et de rappeler une fois de plus que l’univers peul s’étend bien au-delà des régions qu’on lui associe habituellement.

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