
Peu de diplomates africains ont occupé autant de fonctions internationales qu’Ibrahim Gambari. Professeur de relations internationales, ministre des Affaires étrangères du Nigeria, ambassadeur de son pays aux Nations unies pendant près de dix ans, il a ensuite gravi les échelons de l’ONU jusqu’au rang de secrétaire général adjoint, avant de revenir au Nigeria comme chef de cabinet du président de la République. Né à Ilorin dans une famille de l’aristocratie peule de la ville, il illustre le parcours d’une élite intellectuelle formée entre l’Afrique, l’Europe et les États-Unis.
Une enfance à Ilorin
Ibrahim Agboola Gambari est né le 24 novembre 1944 à Ilorin, alors dans la région du Nord du Nigeria britannique, aujourd’hui capitale de l’État de Kwara. Il est issu d’une famille de la classe dirigeante peule de la ville. Ilorin est un cas particulier dans l’histoire du Nigeria : cette cité à majorité yoruba est gouvernée depuis le XIXe siècle par un émirat dont la dynastie descend d’un savant peul, ce qui en fait un lieu de rencontre entre cultures yoruba, peule et haoussa.
Des études à Lagos, Londres et New York
Il fait ses études secondaires au King’s College de Lagos, l’un des établissements les plus réputés du pays. Il part ensuite au Royaume-Uni, à la London School of Economics, où il obtient en 1968 une licence en économie, avec une spécialisation en relations internationales.
Il poursuit à l’université Columbia, à New York, où il obtient une maîtrise en 1970, puis un doctorat en 1974, en science politique et relations internationales. Dès 1969, il commence à enseigner à la City University of New York. Il enseigne ensuite à l’université d’État de New York à Albany, puis à l’université Ahmadu Bello de Zaria, au Nigeria. De 1986 à 1989, il est professeur invité dans trois universités de Washington.
Ministre puis ambassadeur à l’ONU
Avant d’entrer au gouvernement, Ibrahim Gambari dirige l’Institut nigérian des affaires internationales, le principal centre de réflexion du pays sur la politique étrangère. De 1984 à 1985, il est ministre des Affaires extérieures dans le gouvernement militaire du général Muhammadu Buhari.
De 1990 à 1999, il représente le Nigeria aux Nations unies à New York comme représentant permanent. Pendant cette période, il siège dans de nombreuses instances. En 1999, il préside le conseil d’administration de l’UNICEF, le Fonds des Nations unies pour l’enfance.
Une longue carrière au sein des Nations unies
En 1999, Kofi Annan le nomme secrétaire général adjoint et premier conseiller spécial pour l’Afrique, un poste qu’il occupe jusqu’en 2005. Il devient ensuite secrétaire général adjoint aux affaires politiques, de 2005 à 2007, l’un des postes les plus importants du secrétariat de l’ONU.
Il est ensuite chargé de missions délicates. Il est notamment conseiller spécial du secrétaire général pour le Myanmar, fonction qu’il exerce encore en 2009, comme en témoigne la photo qui illustre cet article, prise au siège du Programme des Nations unies pour le développement à New York en juillet 2009. De janvier 2010 à juillet 2012, il est représentant spécial conjoint de l’Union africaine et des Nations unies pour le Darfour, au Soudan, à la tête d’une mission de maintien de la paix chargée de protéger les civils dans une région ravagée par la guerre.
Cette mission conjointe, connue sous le sigle MINUAD, était l’une des plus grandes opérations de maintien de la paix au monde à l’époque. Elle associait pour la première fois de manière aussi étroite l’Union africaine et les Nations unies sous un commandement commun. Diriger une telle opération supposait de dialoguer à la fois avec le gouvernement soudanais, les mouvements armés, les organisations humanitaires et les pays contributeurs de troupes, une tâche exigeante pour un diplomate venu du monde universitaire.
Chef de cabinet du président Buhari
Le 13 mai 2020, le président Muhammadu Buhari le nomme chef de cabinet de la présidence, après le décès de son prédécesseur. Trente-cinq ans après avoir été son ministre des Affaires étrangères, Ibrahim Gambari retrouve ainsi le même homme, devenu entre-temps président élu. Il occupe ce poste jusqu’à la fin du mandat de Buhari, le 29 mai 2023. Femi Gbajabiamila lui succède sous la présidence de Bola Tinubu.
Sa nomination, à l’âge de 75 ans, a été saluée par certains comme le choix de l’expérience, tandis que d’autres y ont vu le signe d’une classe politique vieillissante. Comme pour toute personnalité publique, son action fait l’objet d’appréciations diverses.
Un pont entre l’Afrique et le monde
Le parcours d’Ibrahim Gambari est celui d’un universitaire devenu praticien de la diplomatie. Il a enseigné la politique internationale avant de la pratiquer à New York, au Darfour ou à Abuja. Sa carrière rappelle aussi l’importance des familles peules d’Ilorin dans la vie intellectuelle et politique du Nigeria, bien au-delà de leur ville d’origine.
Conclusion
D’Ilorin à New York, de la salle de cours aux couloirs de l’ONU, puis au cœur de la présidence nigériane, Ibrahim Gambari a consacré plus d’un demi-siècle aux relations internationales. Son parcours fait de lui l’une des figures les plus connues de la diplomatie africaine contemporaine, et l’un des exemples de la place des personnalités d’origine peule dans les institutions mondiales.
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