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Réserves de pâturage, ranchs et ministère de l’Élevage : comment le Nigeria tente de réformer le pastoralisme

Société Réserves de pâturage, plan de transformation, projet RUGA, lois anti-pâturage libre et ministère créé en 2024 : comment le Nigeria tente de réformer l’élevage, au cœur de la vie des Peuls.

adama • 5 min de lecture
Troupeau de bovins broutant de l’herbe sèche
Photo : Abubakar Balogun / Unsplash
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Au Nigeria, l’élevage est à la fois une richesse nationale et un sujet sensible. Le pays compte l’un des plus grands cheptels d’Afrique, en grande partie conduit par des éleveurs peuls. Mais la pression sur les terres, les déplacements des troupeaux et les conflits entre éleveurs et agriculteurs ont placé la question pastorale au cœur du débat public. Depuis plusieurs années, les autorités fédérales cherchent une réponse : réserves de pâturage, ranchs, plan national, et désormais un ministère dédié. Tour d’horizon d’une politique en construction.

Un secteur économique majeur

L’élevage occupe une place importante dans l’économie nigériane. Selon les chiffres avancés par le ministère fédéral du Développement de l’élevage, il représente environ 17 % du produit intérieur brut agricole et près de 5 % du PIB national. Bovins, ovins, caprins et volailles font vivre des millions de familles, des pâturages du nord jusqu’aux marchés de Lagos.

Une grande partie des bovins est élevée selon des méthodes pastorales, c’est-à-dire en déplaçant les troupeaux au fil des saisons pour trouver de l’herbe et de l’eau. Ce mode de vie, pratiqué depuis des siècles par les Peuls, est adapté aux conditions du Sahel, mais il se heurte aujourd’hui à l’expansion des terres cultivées, à la croissance démographique et à l’insécurité.

Les réserves de pâturage, une idée ancienne

L’idée de réserver des espaces aux éleveurs n’est pas nouvelle. Dès les années 1960, une loi de la région du Nord prévoyait la création de réserves de pâturage, des zones protégées où les troupeaux pouvaient paître et s’abreuver. De nombreuses réserves ont été identifiées au fil des décennies, mais beaucoup n’ont jamais été officiellement délimitées ou aménagées, et certaines ont été grignotées par les cultures ou les habitations.

Pour les organisations d’éleveurs, la réhabilitation de ces réserves, avec des points d’eau, des pistes à bétail et des services vétérinaires, reste l’une des clés pour réduire les conflits. Pour d’autres, ces espaces doivent surtout servir de base à une modernisation de l’élevage.

Du projet RUGA au Plan national de transformation de l’élevage

En janvier 2019, le Conseil économique national a adopté le Plan national de transformation de l’élevage, prévu pour la période 2019-2028. Son objectif est d’encourager progressivement l’élevage sédentaire dans des ranchs et des zones aménagées, avec la participation volontaire des États fédérés. Le plan mise sur l’amélioration des races, la production de fourrage et l’accès des éleveurs aux services.

La même année, le gouvernement fédéral a lancé un autre projet, appelé RUGA, qui prévoyait des zones d’installation pour les éleveurs. Mal accueilli dans plusieurs régions du sud et du centre du pays, où il était perçu comme une cession de terres, le projet a été suspendu dès juillet 2019. Cet épisode a montré à quel point la question foncière est délicate au Nigeria, où la terre relève en grande partie des États.

Les lois anti-pâturage libre

Parallèlement, plusieurs États ont adopté leurs propres règles. L’État de Benue, dans le centre du pays, a voté en 2017 une loi interdisant le pâturage libre et imposant l’élevage en ranch. En 2021, les gouverneurs des États du sud ont annoncé à leur tour leur volonté d’interdire le pâturage en plein air sur leurs territoires.

Ces lois divisent. Leurs défenseurs y voient un moyen de protéger les cultures et de réduire les affrontements. Les associations d’éleveurs estiment au contraire qu’elles pénalisent des familles qui n’ont ni les terres ni les moyens de créer des ranchs, et qu’elles risquent de déplacer les tensions plutôt que de les résoudre.

Un ministère dédié depuis 2024

Le 9 juillet 2024, le président Bola Tinubu a annoncé la création d’un ministère fédéral du Développement de l’élevage, avec pour mission affichée de moderniser le secteur et de contribuer à apaiser les conflits entre éleveurs et agriculteurs. Le ministre Idi Mukhtar Maiha a ensuite encouragé les États à créer leurs propres ministères ou services de l’élevage pour mieux coordonner les politiques.

Le ministère a ensuite présenté un plan directeur national de l’élevage sur quinze ans. Parmi ses objectifs figurent une hausse de la productivité pouvant atteindre 40 %, grâce à l’extension des pâturages et à la modernisation des parcs d’engraissement, ainsi qu’une réduction de 65 % de la mortalité animale, grâce à la vaccination, à la surveillance des maladies et à la formation d’agents de santé animale dans les communautés.

Les éleveurs peuls face au changement

Pour les éleveurs peuls, ces réformes représentent à la fois une opportunité et une source d’inquiétude. Des services vétérinaires, des points d’eau et des marchés mieux organisés peuvent améliorer leurs revenus. Mais le passage à un élevage plus sédentaire suppose des investissements importants, un accès sûr à la terre et un accompagnement que beaucoup de familles attendent encore.

De nombreux observateurs soulignent aussi que la sécurité reste un préalable : vols de bétail, banditisme et violences touchent durement les communautés pastorales comme les communautés agricoles. Sans paix dans les campagnes, aucune politique de l’élevage ne peut produire tous ses effets.

Conclusion

Des réserves de pâturage des années 1960 au ministère créé en 2024, le Nigeria cherche depuis longtemps à concilier élevage, agriculture et paix civile. Les plans se succèdent, avec des ambitions élevées, mais leur réussite dépendra de leur mise en œuvre sur le terrain, du dialogue avec les éleveurs et les agriculteurs, et de la sécurité. Pour les Peuls du Nigeria, l’enjeu est majeur : il s’agit de préserver un mode de vie séculaire tout en l’adaptant au monde d’aujourd’hui.

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