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L’émirat de Gombe, deux siècles d’histoire peule au nord-est du Nigeria

Histoire Fondé en 1804 par Buba Yero, disciple d'Ousmane dan Fodio, l'émirat de Gombe a traversé la conquête britannique et les réformes du Nigeria moderne. Retour sur son histoire.

adama • 5 min de lecture
Groupe de participants en tenue rouge lors d'un défilé traditionnel (photo d'illustration)
Photo d'illustration : Samuel Adeleke / Unsplash
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Au nord-est du Nigeria, la ville de Gombe est aujourd’hui la capitale d’un État fédéré du même nom. Mais avant de devenir un centre administratif moderne, elle fut le cœur d’un émirat peul fondé au début du XIXe siècle, dans le sillage du grand mouvement de réforme lancé par Ousmane dan Fodio. L’histoire de l’émirat de Gombe, encore peu connue du public francophone, éclaire la manière dont les Peuls ont construit et maintenu des structures politiques durables dans une région marquée par une grande diversité de peuples.

Buba Yero, le fondateur

L’émirat de Gombe est né en 1804, au moment où éclatait le jihad d’Ousmane dan Fodio dans les pays haoussa. Parmi les disciples du réformateur figurait un homme appelé Abubakar, plus connu sous le nom de Buba Yero, né vers 1762. Comme d’autres chefs peuls de l’époque, il reçut la mission de porter le mouvement dans une région éloignée du centre, à l’est, entre les terres haoussa et la vallée de la Bénoué.

Buba Yero établit d’abord son quartier général à Gombe Abba. De là, il mena campagne contre les localités jukun de Pindiga et de Kalam, puis lança des expéditions sur de longues distances, jusqu’à l’Adamawa, au-delà de la Bénoué. Il régna pendant près de quatre décennies, de 1804 à 1841.

L’expansion et la naissance de Muri

Après la mort de Buba Yero, le pouvoir passa à ses fils. Sulaymanu régna brièvement, de 1841 à 1844, puis Muhammadu Kwairanga lui succéda et gouverna pendant près de quarante ans, jusqu’en 1882. Sous son autorité, l’émirat soumit de nouvelles terres et atteignit sa plus grande extension. À son apogée, il s’étendait de Gombe Abba jusqu’à Jalingo, dans l’actuel État de Taraba.

Un épisode antérieur avait déjà marqué la géographie de l’émirat : la création de l’émirat de Muri. En 1833, du vivant de Buba Yero, une partie du territoire de Gombe fut détachée pour former un État confié au frère de l’émir. Ce mode d’organisation, fondé sur les liens familiaux et la délégation du pouvoir, était caractéristique des émirats issus du jihad, qui formaient un réseau relié au califat de Sokoto plutôt qu’un empire centralisé.

Une succession familiale

La liste des émirs de Gombe montre une remarquable continuité dynastique. Après Muhammadu Kwairanga, plusieurs de ses fils se succédèrent à la tête de l’émirat à la fin du XIXe siècle : Abd al-Qadiri Zaylani, Hasan, Tukur, Jalo puis Umaru, dont le règne dura de 1898 à 1922. Ses fils Haruna puis Abu Bakar lui succédèrent. Ce dernier resta sur le trône près d’un demi-siècle, de 1936 à 1984.

Shehu Usman Abubakar régna ensuite jusqu’en mai 2014. Le palais de l’émir, construit sous son règne, est aujourd’hui considéré comme l’un des monuments les plus remarquables de l’État de Gombe et attire de nombreux visiteurs. Abubakar Shehu Abubakar III, né en 1977, lui a succédé en juin 2014.

Les épreuves de la fin du XIXe siècle

La seconde moitié du XIXe siècle fut une période troublée. Sous l’émir Zaylani, un prédicateur nommé Mallam Jibril Gaini s’installa à Burmi, à la frontière entre Gombe et Fika, et résista pendant des années aux forces de Gombe et des émirats voisins. Son mouvement ne fut brisé qu’en 1902, lorsque la Royal Niger Company le vainquit et l’envoya en exil.

La même année, en 1902, les Britanniques conquirent Gombe à l’issue de la bataille de Tongo. L’émirat fut alors intégré au protectorat du Nigeria du Nord. Les Britanniques y installèrent un système d’administration indirecte, appelé Native Authority, qui laissait à l’émir un rôle important tout en le plaçant sous contrôle colonial.

Une capitale qui se déplace

La période coloniale entraîna aussi des changements géographiques. En 1913, les Britanniques transférèrent le siège de l’émirat à Nafada. En 1919, il fut de nouveau déplacé vers le site actuel, appelé Gombe Doma. C’est autour de ce nouveau centre que s’est développée la ville moderne de Gombe, devenue capitale de l’État de Gombe lors de sa création en 1996.

De l’indépendance à aujourd’hui

Après l’indépendance du Nigeria en 1960, le système de la Native Authority fut maintenu un temps. En 1976, le régime militaire du général Obasanjo divisa le territoire de l’émirat en trois collectivités locales : Gombe, Akko et Dukku. Au début des années 2000, les gouverneurs successifs créèrent de nouveaux émirats de second rang et des chefferies de district à l’intérieur de l’ancien territoire. Ces réformes ont réduit l’autorité de l’émir, à une époque où la région faisait face à des tensions entre agriculteurs et éleveurs et à la menace de groupes armés.

L’émirat conserve néanmoins un rôle symbolique et culturel important. Chaque année, la fête de la fin du Ramadan est l’occasion d’un durbar, un grand défilé de cavaliers. Il se déroule en trois temps : une procession après la prière de l’Aïd, une chevauchée du palais jusqu’à la résidence du gouverneur, puis une parade finale des cavaliers et de la suite de l’émir.

Une identité peule dans un territoire pluriel

L’émirat de Gombe est multiethnique, mais le fulfulde y est la langue la plus parlée. Les Peuls y ont longtemps été dominants, sur le plan politique comme sur le plan démographique. On y trouve des éleveurs nomades, des groupes semi-sédentaires et des communautés installées depuis longtemps. Dans les années 1930, de nombreux Peuls semi-nomades se sont établis dans le sud de Gombe, attirés par les pâturages et les terres agricoles, et beaucoup se sont tournés vers la culture du coton et du maïs. L’arachide, le coton, les céréales, le soja, les oranges et les tomates restent aujourd’hui au centre de l’économie locale.

Conclusion

De Buba Yero à Abubakar Shehu Abubakar III, l’émirat de Gombe a traversé plus de deux siècles d’histoire. Né du jihad d’Ousmane dan Fodio, il a connu l’expansion, les divisions, la conquête britannique et les réformes de l’État nigérian moderne. Aujourd’hui, ses institutions, son palais et son durbar continuent de témoigner de la présence ancienne des Peuls dans le nord-est du Nigeria et de leur rôle dans l’histoire politique de la région.

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