
Pendant près de trois décennies, un homme a incarné le football africain sur la scène mondiale : Issa Hayatou. Né à Garoua, dans le nord du Cameroun, au sein d’une famille princière issue de la tradition peule des lamidats, ancien athlète devenu dirigeant sportif, il a présidé la Confédération africaine de football de 1988 à 2017 et a même assuré l’intérim de la présidence de la FIFA. Disparu en août 2024, il laisse un héritage important, mais aussi des débats sur la gouvernance du football. Portrait d’une figure majeure du sport africain.
Un enfant de Garoua, héritier d’une famille princière
Issa Hayatou est né le 9 août 1946 à Garoua, la grande ville du nord du Cameroun. Il appartient à une famille influente qui détient le lamidat de Garoua, l’une des chefferies traditionnelles nées de l’expansion peule dans la région au XIXe siècle. Le titre de lamido, porté par les souverains de ces chefferies, vient de la tradition peule et rappelle les liens historiques de ces territoires avec le califat de Sokoto.
Sa famille a joué un rôle notable dans la vie politique camerounaise. Son frère Sadou Hayatou a été Premier ministre du Cameroun sous la présidence de Paul Biya. Un autre de ses frères, Alim Garga Hayatou, est devenu lamido de Garoua et a été secrétaire d’État au ministère de la Santé publique. Issa Hayatou a donc grandi dans un milieu où se mêlaient autorité traditionnelle et responsabilités publiques.
De la piste d’athlétisme aux bureaux de la fédération
Avant de devenir dirigeant, Issa Hayatou a été sportif. Coureur de demi-fond, il a détenu les records du Cameroun du 400 mètres et du 800 mètres. Il a aussi fait partie de l’équipe nationale de basket-ball. Formé comme professeur d’éducation physique et sportive, il a d’abord enseigné avant de se tourner vers l’administration du sport.
En 1974, à seulement 28 ans, il devient secrétaire général de la Fédération camerounaise de football, la Fecafoot, dont il prendra plus tard la présidence. Au début des années 1980, il occupe également le poste de directeur des sports au ministère camerounais chargé des sports. Ces expériences lui donnent une connaissance approfondie du fonctionnement des institutions sportives, nationales comme continentales.
Vingt-neuf ans à la tête du football africain
En 1988, Issa Hayatou est élu président de la Confédération africaine de football, la CAF. Il sera réélu à plusieurs reprises et restera à ce poste jusqu’en 2017, soit environ vingt-neuf ans. Sous sa présidence, la Coupe d’Afrique des nations change d’échelle : la phase finale passe de huit équipes à seize en 1990, puis plus tard à vingt-quatre. De nouvelles compétitions voient le jour, notamment le Championnat d’Afrique des nations, réservé aux joueurs évoluant dans leur championnat national, ainsi que des compétitions féminines de jeunes, pour les moins de 17 ans et les moins de 20 ans.
Issa Hayatou a aussi défendu la place de l’Afrique au sein de la FIFA. Pendant son mandat, le nombre de places attribuées au continent en Coupe du monde est passé de deux à cinq, et la représentation africaine au comité exécutif de la FIFA a augmenté. Moment historique, l’Afrique a accueilli pour la première fois la Coupe du monde en 2010, en Afrique du Sud. En 2014, lorsque le Maroc a renoncé à organiser la CAN 2015 en raison de l’épidémie d’Ebola, la CAF a confié l’organisation du tournoi à la Guinée équatoriale.
Un acteur de la FIFA et du CIO
Issa Hayatou a longtemps été vice-président de la FIFA. En 2002, il se présente à la présidence de l’organisation face à Sepp Blatter, mais il est battu, avec 56 voix contre 139. Treize ans plus tard, en octobre 2015, après la suspension de Sepp Blatter, il assure l’intérim de la présidence de la FIFA jusqu’à l’élection de Gianni Infantino en février 2016. Il a également été membre du Comité international olympique à partir de 2001.
Une carrière marquée par des controverses
Comme d’autres dirigeants du football mondial de son époque, Issa Hayatou a été visé par des accusations. En 2010, une enquête de l’émission Panorama de la BBC l’a accusé d’avoir reçu de l’argent dans les années 1990 en lien avec des droits de télévision. Il a démenti, affirmant que les sommes concernées étaient destinées à la CAF, et le CIO a ouvert une enquête. En 2011, le journal britannique The Sunday Times a publié d’autres accusations liées à la candidature du Qatar pour la Coupe du monde 2022. La même année 2010, la suspension de l’équipe du Togo par la CAF, après l’attaque dont elle avait été victime en Angola, avait également suscité de vives critiques.
En mars 2017, Issa Hayatou perd l’élection à la présidence de la CAF face au Malgache Ahmad Ahmad, mettant fin à son long règne. Quelques semaines plus tard, en mai 2017, le président camerounais Paul Biya le nomme à la tête de l’Académie nationale de football.
La disparition d’une figure majeure
Issa Hayatou est décédé le 8 août 2024 à l’Hôpital américain de Paris, à Neuilly-sur-Seine, la veille de son 78e anniversaire, alors que la capitale française accueillait les Jeux olympiques. Sa disparition a suscité de nombreux hommages dans le monde du sport, en Afrique comme ailleurs.
Conclusion
D’une famille princière de Garoua aux plus hautes instances du sport mondial, Issa Hayatou a eu un parcours exceptionnel. Ses partisans retiennent l’élargissement de la CAN, la création de nouvelles compétitions et l’organisation de la première Coupe du monde sur le sol africain. Ses critiques soulignent la longévité de son pouvoir et les accusations qui ont entouré certaines périodes de sa carrière. Entre ces deux lectures, il reste l’une des personnalités les plus marquantes de l’histoire du football africain.
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