
Au Ghana, les Peuls sont souvent peu visibles dans les statistiques et les débats publics. Pourtant, l’une des femmes les plus en vue de la vie publique ghanéenne de ces dernières années est d’origine peule : Samira Bawumia, épouse de l’ancien vice-président Mahamudu Bawumia. Seconde Dame du pays de 2017 à 2025, elle s’est fait connaître par ses projets humanitaires, son engagement pour l’énergie propre et son soutien à la lecture chez les jeunes. Portrait d’une femme au parcours atypique.
Une enfance à Accra
Samira Bawumia, née Samira Ramadan, a vu le jour le 20 août 1980 à Sabon Zango, un quartier d’Accra, la capitale du Ghana. Elle est la fille unique d’Alhaji Ahmed Ramadan, ancien président national du Parti de la convention nationale du peuple (PNC), et de Hajia Ayesha Ramadan. Elle grandit ainsi dans une famille musulmane engagée dans la vie politique ghanéenne.
Son ascendance peule fait d’elle l’une des personnalités publiques souvent citées lorsqu’on évoque la présence peule au Ghana, une communauté dont le nombre exact reste mal connu, car elle n’est pas comptée de manière distincte dans les recensements. Installés notamment dans le nord et le centre du pays, les Peuls du Ghana, dont beaucoup se rattachent au groupe dit du Macina, sont souvent associés à l’élevage et font parfois l’objet de stéréotypes et de discriminations. Comme beaucoup de Ghanéens, Samira Bawumia est aussi polyglotte : elle parle couramment plusieurs langues du pays, dont l’ewe, le ga, le twi, le fanti et le mamprusi.
Une formation solide
Après des études secondaires dans plusieurs établissements, dont l’école Answarudeen, l’Akosombo International School et le lycée de filles de Mfantsiman, Samira Bawumia poursuit sa formation à l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah, la KNUST. Elle obtient ensuite un MBA à l’Institut ghanéen de gestion et d’administration publique, le GIMPA, où elle est distinguée comme meilleure étudiante de sa promotion.
Elle ne s’arrête pas là. En mars 2023, alors qu’elle occupe déjà une fonction publique très exposée, elle annonce l’obtention d’une licence en droit de l’Université de Londres. Ce parcours illustre un goût pour l’apprentissage qui se retrouve dans plusieurs de ses initiatives en faveur de l’éducation.
Seconde Dame du Ghana
Samira Bawumia est mariée à Mahamudu Bawumia, économiste et homme politique du Nouveau Parti patriotique, avec qui elle a eu quatre enfants. Lorsque Nana Akufo-Addo devient président de la République en janvier 2017, Mahamudu Bawumia devient vice-président, et Samira Bawumia Seconde Dame du Ghana à partir du 7 janvier 2017. Elle occupe cette fonction pendant les deux mandats du président Akufo-Addo, jusqu’en janvier 2025. Candidat de son parti à l’élection présidentielle de décembre 2024, Mahamudu Bawumia est battu par John Dramani Mahama.
Dans ce rôle sans pouvoir officiel, Samira Bawumia choisit de s’investir dans des causes sociales et humanitaires, en particulier celles qui concernent les femmes, les enfants et les familles les plus vulnérables.
L’humanitaire et l’énergie propre
Samira Bawumia a fondé et dirige l’organisation à but non lucratif Samira Empowerment and Humanitarian Projects, connue sous le sigle SEHP. À travers cette structure, elle mène des actions humanitaires en faveur des populations défavorisées.
Elle s’est aussi engagée pour l’accès à une énergie de cuisson plus propre. Elle a été ambassadrice de l’Alliance mondiale pour des foyers de cuisson propres, une cause importante dans de nombreux pays africains, où la cuisson au bois ou au charbon expose surtout les femmes et les enfants à des fumées nocives. Elle a également pris la parole comme oratrice principale lors du Sommet mondial du biogaz. En 2019, son travail en faveur de l’objectif de développement durable numéro 7, consacré à l’énergie propre et abordable, a été salué par Sustainable Energy for All et l’organisation Ashden.
La lecture et la jeunesse
La promotion de la lecture est un autre axe de son engagement. En novembre 2019, elle a fait don de livres aux écoles primaires de la police dans le cadre de son projet Library in the box. Elle a aussi créé le prix littéraire Samira Bawumia, destiné aux jeunes Ghanéens âgés de 15 à 25 ans, dont les premiers lauréats ont été annoncés en juillet 2020. Ce prix vise à encourager l’écriture et la créativité chez les jeunes.
Son action lui a valu plusieurs distinctions, dont un prix African Women of Excellence décerné en septembre 2018 dans le cadre d’un forum associant l’Union africaine et la diaspora, ainsi que des honneurs reçus aux États-Unis en mai 2022, notamment à Atlanta et dans le comté de Macon-Bibb, en Géorgie.
Pour de nombreux lecteurs peuls, le parcours de Samira Bawumia illustre aussi la diversité des trajectoires de la diaspora peule en Afrique de l’Ouest, bien au-delà des régions traditionnellement associées à ce peuple.
Conclusion
D’un quartier d’Accra aux plus hautes sphères de l’État, Samira Bawumia a su utiliser une fonction protocolaire pour porter des causes concrètes : l’aide humanitaire, l’énergie propre et la lecture chez les jeunes. Son parcours met aussi en lumière la présence ancienne et souvent méconnue des Peuls au Ghana, une communauté qui participe pleinement à la vie du pays, bien au-delà des clichés.
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