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La musique peule : flûtes, luths et voix d’un patrimoine vivant

Culture Flûte des bergers, luth hoddu, chants de griots et stars internationales comme Baaba Maal : voyage dans la richesse musicale du monde peul.

adama • 3 min de lecture
Musicien jouant du tambour lors d'un événement en plein air
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Des collines du Fouta-Djalon aux rives du fleuve Sénégal, la musique accompagne chaque moment de la vie peule : le travail, les fêtes, les mariages, les longues marches derrière le troupeau. Riche et variée selon les régions, elle a aussi donné naissance à des artistes reconnus dans le monde entier. Petit tour d’horizon.

La flûte, compagne du berger

L’instrument le plus emblématique de la musique peule est sans doute la flûte. En Guinée, la flûte peule du Fouta-Djalon, appelée serdu ou tambin selon les régions, est taillée dans du bambou ou un roseau. Elle produit un son aérien, souvent mêlé à la voix du flûtiste qui chante ou fredonne en même temps qu’il souffle, ce qui donne une sonorité très particulière.

Traditionnellement, les jeunes bergers jouaient de la flûte pour passer le temps au pâturage, mais aussi pour appeler ou calmer les animaux. Certains flûtistes guinéens sont devenus des solistes réputés et ont participé à des enregistrements avec des orchestres modernes.

Le hoddu, luth des griots

Le hoddu est un luth à manche, dont la caisse de résonance est faite d’une calebasse ou d’une pièce de bois creusée et recouverte d’une peau. Il compte généralement trois à cinq cordes. On le rencontre dans tout le Sahel sous différents noms, comme le xalam chez les Wolofs ou le ngoni chez les Mandingues. Le hoddu accompagne les chants de louange, les récits historiques et les chansons populaires.

Le riti, violon monocorde

Le riti (ou nyanyeru selon les régions) est une vièle à une seule corde, jouée avec un archet. Son timbre grinçant et expressif peut imiter la voix humaine. Il est très présent dans la musique peule du Sénégal, de la Gambie et du Mali, où il accompagne la danse et les chants festifs.

Les percussions et la calebasse

La musique peule utilise aussi de nombreuses percussions : tambours, calebasses retournées dans une bassine d’eau (la « calebasse à eau »), hochets et claquements de mains. Dans les mariages, les femmes chantent souvent en chœur en rythmant leurs chants avec des calebasses ou des bracelets.

Le rôle des griots

Comme dans d’autres sociétés ouest-africaines, les griots occupent une place particulière. Gardiens de la mémoire, ils connaissent les généalogies des familles, les exploits des ancêtres et les grands récits historiques. Ils chantent les louanges lors des cérémonies, conseillent et parfois servent de médiateurs. Chez les Peuls, on distingue plusieurs catégories de musiciens et de conteurs, dont les wammbaaɓe, joueurs de luth, et les maabuɓe, chanteurs et tisserands dans certaines régions.

Le pekaan et les chants de métiers

Dans la vallée du fleuve Sénégal, les pêcheurs subalbe ont développé le pekaan, une forme de poésie chantée qui célèbre le fleuve, le courage des pêcheurs et les épreuves de leur métier. D’autres chants accompagnent le travail des champs, le pilage du mil ou le tissage. Ces répertoires transmettent des valeurs et un vocabulaire riche, et constituent un patrimoine précieux.

De la tradition à la scène mondiale

Plusieurs artistes ont porté la musique peule sur les scènes internationales. Le plus célèbre est sans doute le Sénégalais Baaba Maal, originaire de Podor, qui chante en pulaar et mêle instruments traditionnels, rythmes modernes et influences venues du monde entier. D’autres artistes du Sénégal, de Guinée, du Mali, du Niger ou du Cameroun font aujourd’hui vivre le répertoire peul, entre fidélité aux racines et création contemporaine.

Les réseaux sociaux et les plateformes de streaming permettent aujourd’hui à une nouvelle génération de chanteurs et de rappeurs de diffuser des morceaux en pulaar auprès de la diaspora, contribuant à moderniser l’image de la langue.

Préserver et transmettre

Comme beaucoup de traditions orales, la musique peule est fragile. Certains instruments ne sont plus fabriqués que par quelques artisans, et les répertoires anciens disparaissent avec les anciens. Enregistrer les maîtres, enseigner les instruments aux jeunes et soutenir les festivals sont autant de moyens de faire vivre ce patrimoine pour les générations futures.

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