Pour beaucoup de Guinéens, Labé n’est pas une ville comme les autres. Située au cœur du Fouta-Djalon, en Moyenne-Guinée, elle est à la fois un lieu d’histoire, un centre religieux réputé, un carrefour commercial animé et un point d’attache pour une diaspora nombreuse. Son climat d’altitude, plus frais que celui de la côte, et ses paysages de collines contribuent aussi à son charme. Portrait d’une ville qui occupe une place à part dans l’identité peule et guinéenne.
Une ville née de l’histoire du Fouta
L’histoire de Labé est étroitement liée à celle de l’Almamiyat du Fouta-Djalon, l’État théocratique fondé au XVIIIe siècle. Le Fouta était divisé en provinces, les diwe, et celle de Labé est souvent décrite comme l’une des plus vastes et des plus influentes. Ses chefs disposaient d’un poids considérable dans les équilibres politiques de l’État, au point de rivaliser parfois avec le pouvoir central de Timbo.
La tradition associe la fondation religieuse de la ville à Karamoko Alfa mo Labé, un lettré dont le nom reste attaché à la grande mosquée historique. Ce lieu de culte, plusieurs fois restauré au fil du temps, demeure un symbole fort pour les habitants et un point de repère pour les visiteurs.
Alfa Yaya, une figure de résistance
À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, Labé a été marquée par la personnalité d’Alfa Yaya Diallo, chef de la province. Habile politique, il a d’abord négocié avec les autorités coloniales françaises avant d’entrer en conflit avec elles. Considéré comme une menace, il a été arrêté et exilé. Sa mémoire est aujourd’hui célébrée en Guinée comme celle d’un résistant à la colonisation, et son nom apparaît dans de nombreux lieux publics.
Cette histoire contribue à la fierté des habitants de Labé, qui voient dans leur ville un foyer de caractère et d’indépendance d’esprit.
Un centre religieux et intellectuel
Comme l’ensemble du Fouta-Djalon, Labé a longtemps été un haut lieu d’enseignement islamique. Des écoles coraniques réputées y ont formé des générations de lettrés, et des familles de savants y ont transmis leurs connaissances de père en fils. Aujourd’hui encore, la vie religieuse rythme le quotidien : appels à la prière, cours du soir, grands rassemblements lors des fêtes musulmanes.
Labé accueille aussi des établissements d’enseignement moderne, des écoles, des lycées et des structures d’enseignement supérieur qui attirent des jeunes de toute la région. Cette double tradition, religieuse et scolaire, fait de la ville un pôle éducatif important pour la Moyenne-Guinée.
Un carrefour commercial
Le grand marché de Labé est l’un des plus animés de l’intérieur du pays. On y trouve des produits agricoles venus des villages environnants, du bétail, des tissus, des produits importés et toutes sortes de biens de consommation. Les commerçants de Labé sont réputés pour leur dynamisme, et beaucoup d’entre eux entretiennent des réseaux qui s’étendent jusqu’à Conakry, aux pays voisins et au-delà.
La position de la ville sur les routes reliant le Fouta à d’autres régions en fait un point de passage stratégique. Les gares routières et les motos-taxis témoignent de cette intense circulation des personnes et des marchandises.
La diaspora, un lien vital
Une part importante des familles de Labé compte des membres installés ailleurs : à Conakry, dans d’autres pays africains, en Europe ou en Amérique du Nord. Cette diaspora joue un rôle essentiel dans l’économie locale. Les transferts d’argent aident à financer la scolarité, la santé, la construction de maisons ou de petits commerces.
Les ressortissants de Labé à l’étranger restent très attachés à leur ville. Beaucoup y reviennent pour les fêtes, les mariages ou les vacances, et certains investissent dans des projets collectifs : forages, écoles, centres de santé ou mosquées. Les associations de ressortissants sont des acteurs importants du développement local.
La vie quotidienne
Au quotidien, Labé offre le visage d’une ville moyenne en pleine croissance. Les quartiers anciens côtoient de nouveaux lotissements, et la ville s’étend progressivement sur les collines voisines. Le pulaar y est la langue dominante, même si le français et d’autres langues nationales sont largement entendus, notamment dans les administrations et les commerces.
La gastronomie locale fait la part belle aux produits du terroir : fonio, riz, sauces aux feuilles, lait caillé et viande. Le thé partagé entre amis, devant les boutiques ou dans les cours, fait partie des rituels sociaux incontournables.
Des défis pour l’avenir
Comme beaucoup de villes africaines, Labé fait face à des défis importants : accès régulier à l’électricité et à l’eau, gestion des déchets, entretien des routes et emploi des jeunes. L’urbanisation rapide pose aussi la question de la préservation des espaces naturels et des sources d’eau qui font la richesse du Fouta.
Les initiatives locales se multiplient pourtant : groupements de femmes, entreprises agricoles, projets numériques portés par des jeunes, associations culturelles. Elles montrent la volonté des habitants de construire l’avenir de leur ville sans renier son héritage.
Conclusion
Labé incarne une certaine idée du Fouta-Djalon : une terre d’histoire et de foi, de commerce et de mobilité, profondément attachée à ses traditions mais ouverte sur le monde. La découvrir, c’est comprendre une part essentielle de la Guinée et de la culture peule.
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