« Tik Tok est la plateforme la plus inquiétante pour le moment »

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Les victimes de l’exploitation sexuelle sont de plus en plus jeunesInterrogé sur La Première, Eric Garbar, commissaire de police judiciaire et chef du service central Traite et trafic des êtres humains, explique que ce phénomène a déjà été progressivement observé depuis 2019 et, « lorsque le premier confinement est arrivé, on a dû constater que le milieu de la prostitution, de façon générale, a dû se réorganiser, se réinventer avec les mesures Covid qui avaient été prises à divers moments de ces confinements, et on a remarqué que les réseaux sociaux étaient devenus de plus en plus un moyen utilisé par le milieu criminel, par les prostituées de façon générale, mais également par ceux qui les exploitent pour favoriser les relations prostituées-clients notamment. Et on s’est rendu compte que le milieu était devenu beaucoup plus clandestin, beaucoup plus difficile à cerner, beaucoup plus difficile à approcher et à contrôler. Et parmi de nombreux dossiers, l’apparition de plus en plus récurrente — c’est vrai en Belgique et c’est vrai ailleurs en Europe — de mineurs d’âge, à partir de l’âge de 15 ans, qui se prostituent ou qui sont prostituées de façon contrainte et forcée, disponibles sur la Toile ».


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Il est de plus en plus difficile de repérer la prostitution, poursuit-il : « Pour tous les phénomènes criminels, il en est ainsi. Le digital est devenu l’avenir de la criminalité de façon générale et est effectivement plus difficile à cerner, d’abord à détecter les situations problématiques, et surtout de pouvoir identifier, repérer les victimes et de pouvoir leur prêter secours et assistance, tel que nos missions le définissent ou le prévoient ».

Une des raisons qui expliquent le rajeunissement des victimes de la prostitution est que les jeunes sont très présents sur les réseaux sociaux : « Il suffit par exemple de regarder Tik Tok, où on peut voir les vidéos de jeunes filles qui se montrent, qui essayent d’être un peu avenantes. Et sur ces mêmes réseaux sociaux, nous trouvons des prédateurs qui essayent d’identifier, parmi ces jeunes filles, des personnalités un peu plus fragiles, des jeunes filles qui sont en situation de décrochage scolaire, des problèmes familiaux, des problèmes psychosociaux. Et c’est là que ces prédateurs commencent une première approche et tentent tout doucement d’attirer ces jeunes filles dans leur giron et progressivement, par un jeu de manipulation, par un jeu de dupes, de les amener tout doucement à se prostituer. Pour ce qui concerne les jeunes filles, Tik Tok est la plateforme la plus inquiétante pour le moment ».

L’ampleur de ce phénomène est difficile à évaluer mais « on a plusieurs dossiers qui ont été menés par les différentes polices judiciaires fédérales, notamment à Bruxelles, à Liège et du côté d’Anvers, où il y a également quelques cas connus des services de police, où je dirais que nous avons une vingtaine de victimes potentielles qui sont apparues sur les radars. Mais avec la difficulté du recours à ces médias et ces réseaux sociaux, il y a évidemment tout un chiffre noir qui rend tout à fait difficile d’estimer le nombre de jeunes filles qui sont approchées et qui sont amenées à se prostituer », poursuit le commissaire.

Une campagne est menée pour « attirer l’attention des parents et des jeunes filles, qui se reconnaîtront peut-être dans cette situation de fragilité, qui ont peut-être déjà été approchées par des personnes qui, tout doucement, essayent de les séduire et de les amener dans ce milieu-là. C’est le but de sensibiliser la population à ce phénomène et de faire en sorte que toute information en lien avec une tentative de recrutement, d’approche d’une jeune fille en situation difficile, avec une proposition de passer à une situation de prestations sexuelles tarifées. Il faut pouvoir faire remonter cette information soit via les centres spécialisés en matière d’accueil aux victimes, soit directement via la police, afin que nous puissions apporter la réaction la plus adéquate par rapport à ça » conclut Eric Garbar.





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