des « chimistes » colombiens et des malfrats locaux faisaient tomber la poudreuse en Ardenne

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Un réseau de trafiquants de cocaïne établi en lisière des forêts d’Ardenne vient d’être démantelé par les enquêteurs de la police judiciaire fédérale belge, comme si la série  » La Trêve  » avait prêté ses décors pour une saison de  » Narcos « . Ce lundi matin, les policiers fédéraux ont perquisitionné divers lieux en Belgique, 23 au total, dont des hangars de fermes dans les communes de Modave et de Ferrières en province de Liège. À un de ces endroits, les criminels avaient posté un garde armé d’un fusil d’assaut, selon les informations recueillies par la RTBF et confirmée par le parquet fédéral. Il n’y a pas eu d’échanges de tirs lors de l’intervention de la police. Sollicité par nos soins, le parquet précise que plus de 300 policiers ont été engagés dans cette opération de grande envergure. L’armée a également été engagée en appui pour certaines fouilles.



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© RTBF

Vingt-sept interpellations ont eu lieu, indique Eric Van Duyse, le porte-parole du parquet. À plusieurs sources, la RTBF a appris qu’une organisation criminelle aux connexions internationales avait utilisé durant plusieurs années les discrets bâtiments campagnards pour faire transiter et pour transformer des tonnes de cocaïne importées d’Amérique du Sud.  » Une production industrielle, du jamais vu en Belgique «  avance une source proche de l’enquête. La drogue était introduite en Europe via des ports belges et néerlandais. Différentes saisies effectuées par le passé seraient reliées au dossier. Le chiffre de 15 tonnes est cité.

Une production industrielle, du jamais vu en Belgique

L’enquête lancée il y a 3 ans par la division  » Stupéfiants  » de la Police judiciaire fédérale de Liège a connu un coup d’accélérateur à la suite du décryptage de messages et de photos que s’envoyaient les criminels via le réseau de téléphones secrets (cryptophones) SKY ECC mis au jour par les autorités belges en mars 2021.



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Ces bâtiments d’une superficie importante ont longuement été inspectés par les enquêteurs de la police judiciaire fédérale. © RTBF

À la suite de l’infiltration numérique des cryptophones par les services de police, les narcotrafiquants ont adapté leurs méthodes de communication sans pour autant mettre fin à leurs activités, ni les déplacer.

Des laboratoires pour traiter et conditionner la cocaïne

L’opération menée ce lundi a notamment permis de mettre au jour un laboratoire de transformation et de conditionnement de la cocaïne à Strée, sur la commune de Modave. Au bout d’un chemin reculé, les trafiquants avaient converti un hangar en laboratoire clandestin à grand renfort de travaux d’isolation des activités, de produits chimiques et de matériel pour sécher la drogue (essoreuses, fours à micro-ondes, etc.).

L’organisation se fournissait en matériel et en substances chimiques à coups de centaines de milliers d’euros. Il est possible que ce laboratoire ait servi à  » couper  » la drogue arrivée pure en quantité astronomique et à la reconditionner pour être prête à être réexpédiée en Belgique et ailleurs en Europe.

Selon nos informations, les enquêteurs ont retrouvé à Strée des dizaines de fûts contenant des produits chimiques, ainsi que de la cocaïne à différents stades du processus. À l’arrivée des policiers, une forte odeur se dégageait du laboratoire émanant notamment de l’acétone utilisée dans le processus.



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Un laboratoire clandestin était installé dans ce hangar à l’abri des regards © RTBF

D’autre part, un lieu de stockage de cocaïne a été découvert à Ferrières. Au total, selon un bilan de l’opération encore provisoire que la RTBF a sollicité auprès du parquet fédéral, environ 580 kilos de  » pains de cocaïne  » (paquets de drogue compressée) ont été saisis ainsi que plus d’une tonne de produit en vrac pour une valeur marchande  » en rue  » estimée à plus de 50 millions d’euros.

Les enquêteurs ont aussi retrouvé 10 armes à feu dont 5 kalachnikovs, 80.000 euros en cash ainsi que des GSM cryptés. Ils ont aussi procédé à la saisie d’une dizaine de véhicules, de chevaux, de bétail et de biens de luxe tels que des montres.

Des Colombiens dans le laboratoire clandestin

Parmi les personnes interpellées ce lundi figurent des ressortissants colombiens. Les enquêteurs soupçonnent leur participation directe dans les activités du laboratoire découvert en Province de Liège.

Le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw affirmait fin septembre dans un entretien au quotidien  » Le Monde  » que le dossier Sky ECC avait révélé la présence de  » laboratoires utilisés directement par des Colombiens, pour reconditionner la drogue cachée dans du jus de fruit ou fondue dans du plastique de poupées « .



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La présence de suspects colombiens travaillant dans les différentes implantations a été confirmée, selon le parquet fédéral. © RTBF

Si les États-Unis sont longtemps restés le marché privilégié des cartels colombiens, l’Europe semble désormais occuper aussi une place de choix sur la carte de distribution de la cocaïne. InSight Crime, un site d’investigation et d’analyse consacré au crime organisé en Amérique latine, donne l’explication suivante :  » d’un point de vue commercial, le trafic de cocaïne vers l’Europe offre une perspective bien plus intéressante que les États-Unis. Les prix à la revente sont nettement plus élevés et les risques d’arrestation, d’extradition et de saisie d’avoirs nettement inférieurs. « 

D’autre part, le paysage criminel en Colombie est beaucoup plus fragmenté que par le passé, entraînant la perte de monopole de certaines organisations pour la fourniture de cocaïne. Selon Europol et l’UNODC, cette évolution a donné aux réseaux criminels européens  » l’opportunité d’établir de nouveaux contacts avec des prestataires en Amérique du Sud « , permettant à certains trafiquants d’acheter de grandes quantités de cocaïne directement à la source, en éliminant les intermédiaires.

Un Liégeois à la manœuvre

Si les ressortissants colombiens sont soupçonnés d’être les  » chimistes  » du groupe procédant aux opérations de transformation de la cocaïne, le transport de la drogue ainsi que l’organisation des laboratoires, lieux de stockage et points de redistribution étaient aux mains de malfrats locaux. Selon les enquêteurs, D.L. aurait agi en tant que cerveau et dirigeant de la structure.



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L’opération de police a débuté avant le lever du jour ce mercredi © RTBF

Agé d’une 40aine d’années, D.L. est un Liégeois connu de la justice pour des faits anciens liés entre autres à du trafic de cannabis. Il se serait entouré de complices de la région avec lesquels il entretient des contacts de longue date. Le parquet fédéral ne confirme pas ces informations.

Le parquet précise en revanche que l’association de malfaiteurs basée en région liégeoise menait également des activités dans le Limbourg, en Flandre Orientale, aux Pays-Bas et en Espagne. Un réseau de distribution et de revente de la drogue a aussi été mis au jour. Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral, indique qu’une intervention coordonnée et simultanée a été menée en Espagne en vue de l’exécution d’une demande d’enquête européenne transmise par le juge d’instruction belge. La Guardia Civil a procédé à deux perquisitions et interpellé un suspect faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen délivré par les autorités judiciaires belges.



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Un policier du CRU. Il participera au démantèlement des sites où des substances toxiques ont été entreposées par les criminels. © RTBF

La branche belge d’un vaste réseau mafieux vient de tomber à la suite de l’opération emmenée par la police judiciaire fédérale de Liège, d’un juge d’instruction et du parquet fédéral.

L’enquête doit maintenant se poursuivre, ainsi que le démantèlement des laboratoires. Ce matin, dans la foulée de l’intervention coordonnée des unités spéciales et des enquêteurs, les policiers du Clan Lab Response Unit (CRU) ont commencé leur travail, en coopération avec la protection civile. Le CRU est chargé de l’analyse et du démantèlement des laboratoires clandestins découverts en Belgique. L’évacuation des substances toxiques et du matériel est une opération délicate.

Durant les investigations, des dépôts de déchets chimiques ont aussi été retrouvés en pleine nature, à différents endroits de la province de Liège.

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