Ces entrepreneurs africains qui aident à relever le défi du développement

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Elizabeth Wahito fait une démonstration de l’utilisation de l’engrais organique de Sanergy, une entreprise qui prend les déchets d’assainissement et les transforme en engrais organique, dans sa ferme où elle a des plants de tomates, à Naivasha, au Kenya, le 9 août 2019.

Quel est le point commun entre les sociétés mPharma, Easy Solar et Sanergy ? A priori pas grand-chose, sinon qu’elles opèrent toutes les trois sur le continent africain. La première, fondée par un entrepreneur ghanéen, est active dans le domaine de la santé. Elle négocie auprès des géants pharmaceutiques pour casser les prix des médicaments et offrir des traitements accessibles au plus grand nombre dans huit pays africains. En juin, mPharma a été identifiée par le World Economic Forum comme l’une des 100 start-up pionnières de la tech mondiale.

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Easy Solar, elle, est positionnée dans le secteur de l’énergie. Son cœur de métier : fournir de l’électricité propre et bon marché à quelque 550 000 foyers isolés en Sierra Leone et au Liberia, grâce à des appareils autonomes fonctionnant à l’énergie solaire. Pendant la pandémie de Covid-19, l’entreprise s’est efforcée de maintenir son service en envoyant des jours d’électricité gratuits à ses clients. En 2018, sa cofondatrice, la Sud-Africaine Nthabiseng Mosia, avait été classée par le magazine Forbes parmi les 30 jeunes entrepreneurs les plus prometteurs du continent.

« Un nouveau type d’acteur »

Au Kenya, la société Sanergy mêle hygiène et recyclage. Dans les bidonvilles de Nairobi, cruellement dépourvus d’installations sanitaires, elle place des toilettes sèches dont elle récupère ensuite le contenu pour en faire de l’engrais et élever des mouches dont les larves servent à fabriquer de l’alimentation animale. Sanergy est en lice pour le nouveau prix Earthshot, lancé au Royaume-Uni par le prince William, pour récompenser des solutions apportées à la crise climatique.

« Ces entreprises sont plus susceptibles que celles à but lucratif de donner la priorité à la création d’emplois », écrit le British Council dans un rapport.

Chacune est spécialisée dans un domaine différent, mais ces trois entreprises ont en partage une philosophie : la rentabilité n’est pas leur seul horizon. Leur vocation est d’abord sociale ou environnementale. Combien sont-elles en Afrique, ces sociétés tournées vers les populations les moins bien loties ? Les statistiques manquent pour cerner l’ampleur du phénomène. Mais « les entreprises sociales ont émergé comme un nouveau type d’acteur du développement », résumait la Banque mondiale dans un rapport publié en 2017.

Il faut dire que la palette des besoins est infinie sur le continent le plus pauvre du monde. En matière énergétique, plus de la moitié de la population africaine, particulièrement dans les campagnes, est toujours privée d’électricité. Faute d’infrastructures et de moyens pour l’école, une femme sur deux ne sait ni lire ni écrire dans la zone d’Afrique subsaharienne. L’accès aux soins et à l’hygiène est une gageure pour les communautés les plus démunies.

La liste est encore longue et les acteurs traditionnels, tels que les gouvernements, la société civile ou les entreprises à but purement lucratif « ont été jusqu’ici incapables de résoudre le problème de la fourniture de services essentiels et de qualité », constatait la Banque mondiale dans son rapport. De quoi laisser le champ libre aux entrepreneurs soucieux de développement.

Pauvreté extrême en hausse

Ces problématiques sont démultipliées à l’ère du Covid-19. Avec la crise sanitaire, la pauvreté extrême est en hausse sur le continent, pour la première fois en plus de vingt ans. Des millions d’emplois ont été détruits, alors même qu’au cours des deux prochaines décennies, 450 millions de jeunes Africains devraient venir grossir les rangs de la population active. Le défi de l’emploi n’a jamais été plus pressant.

Sur ce terrain-là également, les entreprises à vocation sociale ont un rôle à jouer. « Nos recherches suggèrent qu’elles sont plus susceptibles que les entreprises traditionnelles à but lucratif de donner la priorité à la création d’emplois », écrivait le British Council dans un rapport publié fin 2020. Attentives à recruter au sein des communautés vulnérables – parmi les femmes, notamment – et fréquemment investies dans le secteur éducatif, « les entreprises sociales en Afrique subsaharienne atténuent l’impact du Covid-19 sur l’emploi et le maintien des moyens de subsistance », estime l’organisme culturel britannique, qui a mené l’enquête dans dix pays africains.

Encore faut-il, pour ces sociétés, trouver les moyens de mener leur mission sur le long terme. Certaines ont su s’approprier avec succès les outils du numérique ou compter sur le soutien des bailleurs internationaux qui s’intéressent de plus en plus à ces relais locaux du développement. Mais elles sont nombreuses à buter sur des problèmes de financement, d’infrastructures ou d’incertitude réglementaire. Les même défis auxquels sont confrontées le reste des PME africaines et qui les empêchent trop souvent de réaliser pleinement leur potentiel.

Cet article fait partie d’un dossier réalisé en partenariat avec l’Agence française de développement (AFD).



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