Célébration 8 mars : De la nécessité d’africaniser la lutte….


A travers le monde, la journée internationale de la femme est célébrée le 8 mars. Comment en est-on venu à choisir cette date ? Est-elle la plus appropriée pour célébrer les femmes africaines ?
 
En Europe et en Amérique, le début des années 1900 est marqué par des mouvements de protestations de femmes qui réclament plus de droits dont celui de voter et de meilleures conditions de travail. Dans un premier temps, c’est la date du 28 février qui est choisie de façon arbitraire pour célébrer la femme. Toutefois, un événement majeur survenu en Russie le 8 mars 1917 va changer la donne. Ce jour là, des milliers de femmes sortent dans les rues de Petrograd pour dénoncer les ravages de la guerre et les constantes pénuries alimentaires. Cette marche pour “la paix et le pain” marque le début des contestations qui vont aboutir à la chute du Tsar et plus tard à l’avènement des bolchéviques et au retrait de la Russie de la 1ére guerre mondiale.
 
Aussi, à l’issue de ces protestations, la Russie devient l’un des premiers pays à accorder le droit de vote aux femmes. Le fait qu’une protestation de femmes ait abouti à une révolution d’une telle ampleur était suffisamment significatif pour que la date du 8 mars soit adoptée à travers le monde. Toutefois, après la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide, les États Unis se distancèrent de cette date associée au communisme. Cependant, face à la popularité de la date, les Etats Unis durent finalement l’admettre en l’associant non pas à la révolution Russe mais à la marche des femmes couturières à New York le 08 mars 1908. Ces dernières réclamaient des heures de travail réduites, une meilleure rémunération et le droit de vote. Une fois que les deux grandes puissances de l’époque s’étaient finalement mises d’accord à propos du 8 mars bien que ce soit pour des raisons différentes, l’ONU avait enfin le feu rouge pour reconnaitre officiellement cette date à partir de 1975. Aujourd’hui à travers le monde cette date est l’occasion de célébrer les acquis et exploits des femmes et de de dénoncer certaines inégalités qui persistent encore.
 
Célébrer l’héroïsme des femmes de Nder
On le voit que ce soit en Russie ou aux Etats-Unis, la date du 8 mars a été adoptée pour commémorer des événements d’ampleur historique actés par des femmes. Compte tenu de ce fait, il est légitime de se demander si l’Afrique ne devrait pas s’accorder sur un des nombreux événements mettant en lumière l’héroïsme des femmes du continent. C’est en tout cas le souhait de la sociologue Fatou Sow Sarr qui milite pour une meilleure reconnaissance du sacrifice et du sens de l’honneur des femmes de Nder. Invitée du Jury du dimanche, il y a deux années, elle a réaffirmé la nécessité de « sénégaliser » le combat. « Le 8 mars, ce sont les femmes du textile de New-York. Je trouve que les femmes de Nder se sont sacrifiées pour leur patrie et que cette symbolique est encore beaucoup plus puissante, mais elles ne sont pas célébrées. Moi, j’ai toujours dit que la France n’est pas ma référence. Pour moi, nos références sont nos propres valeurs, nos cultures », avait-elle déclaré. En 1820, Nder, capitale du royaume du Walo, subit une attaque de maures venus du Nord alors que la plupart des hommes étaient absents. Certains accompagnaient le Brack parti se faire soigner à Saint-Louis et les autres étaient aux champs
Livrées à elles-mêmes, les femmes organisent leur défense et parviennent à repousser un premier assaut des envahisseurs au prix de lourdes pertes. Face à l’imminence d’un second assaut, elles optent collectivement pour le sacrifice ultime afin d’échapper à une vie de servitude et de déshonneur. Elles entrent toutes dans une case et y mettent le feu. Mais avant, la Linguère Amar Fatim Mbodj prit le soin de faire s’échapper ses deux petites filles, Ndieumbeut et Ndaté Yalla, qui deviendront toutes les deux linguères et farouches résistantes à la colonisation.
 
Les linguères du Walo exerçaient déjà le Pouvoir
Cet événement est significatif à plus d’un titre. Il met en lumière l’aspect combattif et guerrier des femmes ainsi que leur attachement à l’honneur et à la liberté. Il nous révèle aussi que plus d’un siècle avant que l’Europe et l’Amérique n’accordent le droit de vote aux femmes, dans certaines contrées africaines les femmes détenaient et exerçaient le pouvoir. Par exemple au Walo, les linguères choisissaient le Brack et exerçaient le pouvoir à ses côtés. Loin d’être un cas isolé, cette situation était une parfaite illustration du caractère matriarcal de plusieurs sociétés africaines. Comme le révèle Cheikh Anta Diop, « le matriarcat est à la base de l’organisation sociale en Égypte comme dans le reste de l’Afrique noire ». Cependant, le contact avec l’occident à travers la colonisation va progressivement éroder la place accordée aux femmes. « La situation d’infériorité de la femme est une séquelle du colonialisme », aimait à dire Sékou Touré. Ainsi, la lutte pour l’émancipation des femmes africaines n’est pas une initiative importée d’ailleurs mais juste un combat légitime pour un retour à l’ordre normal des choses.
 
Marlyatou DIALLO


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