Au Rwanda, Paul Rusesabagina remis en liberté samedi



Le héros d’« Hôtel Rwanda », Paul Rusesabagina (en uniforme rose de détenu), arrive de la prison de Nyarugenge avec des agents du service correctionnel du Rwanda (RCS), à la cour de justice du district de Nyarugenge, à Kigali, le 25 septembre 2020. Condamné à vingt-cinq ans de prison en septembre 2021 pour avoir soutenu un groupe « terroriste » ayant « attaqué des gens dans leur maison et dans leur voiture », Paul Rusesabagina, qui avait inspiré le film hollywoodien Hôtel Rwanda avant de devenir un célèbre opposant au régime de Paul Kagame, doit être libéré samedi 25 mars. Sa condamnation a été « commuée par ordre présidentiel », a déclaré au Monde Yolande Makolo, porte-parole de la présidence rwandaise. Paul Rusesabagina va retrouver la liberté avec dix-neuf autres membres des Forces de libération nationales (FLN), une branche armée du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), tous condamnés en même temps que lui. Au cours de son procès, M. Rusesabagina avait confirmé sa participation au FLN, un groupe responsable d’attaques ayant fait neuf morts en 2018 et 2019 dans le sud-ouest du Rwanda, mais il avait rejeté toute implication dans ces crimes. L’accusation s’était appuyée sur les déclarations d’autres membres du groupe, des échanges de textos, mais également sur une perquisition effectuée à son domicile, en Belgique. A la fin de 2018, dans une vidéo diffusée sur Internet, l’opposant avait aussi déclaré qu’il ne renonçait pas à la lutte armée : « Depuis juillet, le FLN a lancé une lutte militaire pour libérer le peuple rwandais. Il est impératif qu’en 2019 nous accélérions la lutte de libération, le peuple rwandais ne peut plus supporter la cruauté et toutes sortes de mauvais traitements que nous inflige le régime. Le temps est venu que nous utilisions tous les moyens possibles pour amener le changement. Comme tous les moyens politiques ont été essayés et ont échoué, il est temps d’essayer notre dernier recours. » Lire aussi : Au Rwanda, l’opposant Paul Rusesabagina condamné à 25 ans de prison pour terrorisme Entre les Etats-Unis et la Belgique Paul Rusesabagina a été rendu célèbre par le film Hôtel Rwanda, sorti en 2004, qui montre comment le directeur de l’Hôtel des Mille Collines a sauvé plus de 1 200 Tutsi dans son établissement pendant le génocide qui a fait un million de morts au printemps 1994. Après avoir quitté le Rwanda en 1996, parce qu’il considérait que le pays offrait de moins en moins de place à l’opposition, M. Rusesabagina a vécu entre les Etats-Unis et la Belgique. Longtemps chauffeur de taxi, il a donné des conférences dans le monde entier sur le génocide, la région des Grands Lacs et le Rwanda, dont il critiquait le régime autoritaire de Paul Kagame, président depuis 2000. Son arrestation, en août 2020, s’était déroulée dans des conditions controversées, puisqu’il avait été interpellé à sa descente d’un jet privé à Kigali alors qu’il pensait se rendre au Burundi. Le droit rwandais autorise que certaines peines soient commuées, à condition toutefois que le condamné présente ses excuses. Ce procédé juridique fut largement utilisé dans le cas des crimes en lien avec le génocide des Tutsi, notamment pour écourter certaines peines et désengorger les prisons. « Personne ne doit se faire d’illusion sur ce que cela signifie, car il existe un consensus sur le fait que des crimes graves ont été commis [par Paul Rusesabagina et les membres du FLN], pour lesquels ils ont été condamnés, fait savoir Yolande Makolo. En droit rwandais, la commutation de peine n’éteint pas la condamnation sous-jacente. » Lire aussi l’archive (2019) : Article réservé à nos abonnés Au Rwanda, l’histoire un peu trop belle de l’hôtel des Mille Collines Apaiser certaines tensions diplomatiques Dans un courrier écrit le 14 octobre 2022 de sa cellule, Paul Rusesabagina, qui bénéficie d’un droit de résidence permanente aux Etats-Unis, demande au président Paul Kagame de le gracier pour lui permettre de rejoindre sa famille, mais surtout pour des raisons de santé. « Je souhaite exprimer mes regrets pour toute action que le MRCD a pu avoir sur les actions violentes du FLN, ajoute-t-il dans cette lettre, que Le Monde a pu consulter. La violence n’est jamais acceptable, y compris le recours à la violence pour atteindre des objectifs politiques. Elle est encore plus grave lorsqu’elle est utilisée pour cibler des civils… Je peux vous assurer par cette lettre que je n’ai aucune autre ambition personnelle ou politique. Je laisserai derrière moi les questions concernant la politique rwandaise. » La libération de M. Rusesabagina s’inscrit dans un moment où le Rwanda est fragilisé sur la scène internationale. Le pays est accusé par plusieurs rapports de l’ONU et de l’Union européenne de soutenir le M23, qui a relancé une offensive dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), provoquant des dizaines de milliers de réfugiés et de nombreuses violations des droits humains. La libération de l’opposant pourrait donc permettre d’apaiser certaines tensions diplomatiques, notamment avec Washington, qui en mai 2022 considérait Paul Rusesabagina comme « injustement détenu ». Trois mois plus tard, lors d’une visite à Kigali, Antony Blinken, secrétaire d’Etat américain, s’était inquiété de son sort : « Comme je l’ai dit au président, nous pensons que les gens dans tous les pays devraient pouvoir exprimer leurs opinions sans peur d’intimidation, d’emprisonnement, de violences ou de toute autre forme de répression », avait-il assuré lors d’une conférence de presse à Kigali. « Le Rwanda note le rôle constructif du gouvernement américain dans la création des conditions d’un dialogue sur la question de la libération de M. Rusesabagina, ainsi que la facilitation apportée par l’Etat du Qatar », reconnaît Yolande Makolo. Avant d’aller s’installer aux Etat-Unis, l’ancien hôtelier doit faire escale à Doha. Pierre Lepidi



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