A Marseille, le procès d’un réseau de prostitution expose la violence des groupes criminels nigérians

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Son prénom nigérian, c’est Odion. Celui qu’elle portait lorsqu’elle se prostituait autour de la gare Saint-Charles, c’était « Tassy ». Appelée à témoigner, jeudi 7 octobre, devant le tribunal correctionnel de Marseille, la jeune femme de 34 ans n’a plus peur. Ni du « juju », cette cérémonie vaudou pratiquée au Nigeria avant son départ pour l’Europe, au cours de laquelle elle avait juré au chamane de ne jamais révéler le nom de son proxénète, au risque d’une mort immédiate. Ni des onze hommes et femmes assis derrière elle, jugés pour traite d’êtres humains et proxénétisme, qu’en 2017 elle avait dénoncés. Elle ose même se retourner et pointer du doigt deux prévenus qui, au premier jour du procès, l’ont suivie et l’ont menacée en edo, la langue de leur Etat du sud du Nigeria. « Tu m’as amené au tribunal, je vais te retrouver ici en Europe ou au Nigeria et je te tuerai », lui ont-ils dit, selon elle.

Ces intimidations à la porte du prétoire illustrent la violence d’une criminalité nigériane au cœur du réquisitoire de la procureure de la République Sophie Couillaud. « Ce dossier nous plonge dans la marchandisation au plus haut niveau de l’être humain. C’est une criminalité moins bruyante que celle qu’on juge ici habituellement, celle des trafics de drogue et des affaires de règlements de comptes, mais c’est une criminalité dont on n’a pas besoin, qui ne doit pas s’implanter à Marseille. » Alors, pour tenter d’endiguer « l’importation de ces infractions abominables commises par des réseaux criminels extrêmement violents », Mme Couillaud réclame de lourdes condamnations s’échelonnant de trois à neuf ans de prison, une interdiction définitive du territoire français, y compris contre l’un des prévenus ayant obtenu le statut de réfugié, et un mandat de dépôt pour huit des dix prévenus qui sont jugés libres.

Lire aussi : Prostitution : le procès de « mamas » nigérianes à Marseille

Neuf ans de prison ont ainsi été requis contre Tony Osemiwigie, 27 ans, « Mister Tony », et sa compagne, Vera Okoro, tous les deux encore détenus. C’est lui que « Tassy » avait désigné comme son proxénète et bourreau, celui qui l’avait fait venir en Europe puis lui a réclamé de régler 50 000 euros, sa « dette de passage ». « Oui il m’a bien violée », confirme-t-elle au président Johan Denis, auquel elle explique avoir été attachée et ébouillantée par le couple car elle refusait de se prostituer. Sur la Canebière, ils l’avaient aussi frappée pour qu’elle règle un reliquat de 20 000 euros et, selon une coutume, se libère de son souteneur en lui achetant de « l’or et des vêtements traditionnels ».

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